Au cinquième jour des assises du meurtre de Lola, la foule des curieux attirés par l’influence des réseaux sociaux, était nombreuse, pour assister aux conclusions des experts psychiatres. Autant dire deux mondes opposés, celui des influenceurs face aux professionnels de la justice. Aussi, à la lumière de leur rencontre avec l’accusée Dahbia Benkired, ces derniers ont convoqué le réel, et confirmé qu’elle était responsable pénalement de ses actes. Depuis l’écriture de cet article, et pour la première fois de l’histoire, une femme aura été condamnée à une peine de prison à perpétuité incompressible, en France.
Aucun tee-shirt à l’effigie de la petite fille de 12 ans, assassinée sauvagement le 14 octobre 2022, aucune pancarte ou message de soutien parmi les dizaines de personnes amassées à l’entrée de la salle d’audience Victor Hugo. Pourtant, des femmes et des hommes avaient attendu des heures debout, pour assister au procès, et pour certains passé la nuit devant le Palais, mais il n’y avait personne pour donner de la voix à la famille de Lola, jusqu’à vendredi, date du verdict. La rumeur s’est seulement élevée, lors de la sortie définitive de la famille, de la salle d’audience en fin d’après-midi, vendredi 24 octobre. Des « Justice pour Lola », accompagnés d’applaudissements, ont retenti, depuis un groupe d’une quinzaine de personnes.
Les jours précédents, et dans une ambiance dont l’électricité était déjà palpable dès 7h45 le matin, les visiteurs se disputaient de manière indécente les premières places, se poussaient, et s’invectivaient, comme des fans à l’entrée d’un concert. Interrogés, la motivation de leur présence restait peu étayée ou documentée. Déclarant systématiquement qu’ils voulaient « la voir » (NDLR : comprendre « voir l’accusée »). Rien d’autre. Parmi eux, une femme enceinte et son compagnon, qui n’avaient aucun lien avec les proches de Lola, et Boobinewss, une « tiktokeuse » déterminée à s’emparer de ce qu’elle revendiquait sur ses contenus, comme un fait de gloire (son attente sous la pluie devant le Palais, par exemple), et dont la seule intention était d’attiser la « viralité » de son compte.

Mais où était Lola dans ce brouhaha ? Pour affronter le jugement de l’accusée Dahbia Benkired, qui se tenait jusqu’à demain, pour « meurtre », « viol », « actes de torture et de barbarie », un élan populaire aurait certainement réconforté les proches, dans ce contexte sordide. Or la situation a sonné le glas de toute humanité, à cet endroit, et dans la salle d’audience, les parties prenantes se sont heurtées au réel. Me Clothilde Lepetit, avocate de parties civiles, révèle que Delphine Daviet, a souhaité tout connaître du dossier. « Elle voulait qu’on lui montre tout. Elle a voulu venir à la reconstitution. J’ai fini par comprendre. En fait, il fallait qu’elle cesse d’imaginer, que les choses aient une limite. Est-ce que le couteau à huitre a servi au meurtre… », a-t-elle pointé (source TF1.info), afin de souligner la dignité de la mère de Lola, face à une accusée qui a toujours tenté de se déresponsabiliser, selon les différents experts.
En outre, l’intervention des médecins a retourné le couteau dans la plaie, puisqu’elle a démontré que« Le discernement de Dahbia Benkired n’était pas altéré ou aboli au moment des faits. » C’est l’information principale de cette 5ème journée d’audience, l’accusée n’est « ni psychotique ni bipolaire », ce qu’a souligné le Président, avec un certain regret. « On serait soulagé de se dire que cet acte a été fait par un fou, par une folle... », déclare-t-il dans le compte rendu que relaie Aurélie Sarrot, pour le site TF1.info.
Reste à savoir quel sera le verdict à venir, demain ? Et si la majorité des personnes présentes pressentent la perpétuité, d’autres estiment que son parcours chaotique allègera peut-être sa peine.
Karine Dessale

