Le New Museum, musée d’Art contemporain à Manhattan, est de retour avec l’exposition New Humans : Memories of the Future. Après une rénovation très attendue, qui a coûté 82 millions de dollars, l’établissement a doublé sa superficie. Il accueille jusqu’au mois de juillet, un événement ambitieux de plus de 700 oeuvres, qui explore ce qu’est être humain face aux mutations technologiques.
Le New Museum est né en 1977, dans un New-York au bord du gouffre financier, sur fond de graffiti et en pleine explosion créative: hip hop émergent du Bronx, “année zéro” du punk rock, fièvre du disco et usines de Soho reconverties en galeries d’art. La mission : offrir une visibilité aux artistes vivants, ignorés par les grandes institutions et créer un espace d’expérimentation et de dialogue sur les enjeux socio-politiques du moment.
Il ne s’agit pas de conserver – pas de collection permanente -, mais d’interroger et de bousculer. Cette mission s’élargit, dans les années 90s, au lendemain de la crise du sida, pour inclure l’œuvre d’artistes récemment décédés. Installé aujourd’hui sur la célèbre Bowery dans le bas de la ville, le New Museum se revendique comme le seul musée entièrement consacré à l’art contemporain, au coeur de Manhattan.
Le bâtiment d’origine, minimaliste et emblématique au 235 Bowery, réalisé en 2007 par le cabinet d’architecture japonais SANAA, est composé de blocs rectangulaires de dimensions variables, empilés en décalage et enveloppés d’une fine maille d’aluminium anodisé. A cette structure verticale, la nouvelle extension, orchestrée par la firme OMA, intègre un atrium traversé par un grand escalier en zigzag sur sept niveaux qui relie organiquement les deux bâtiments et ouvre le musée sur la ville.
New-York, 200 artistes et 700 oeuvres
L’exposition inaugurale New Humans : Memories of the Future, rassemblant plus de 200 artistes internationaux, couvre les cent dernières années en établissant une symétrie entre les années 1920s, ou naissent le concept de « robot » et la mécanisation du corps après les traumatismes de la Grande Guerre, et les années 2020s avec l’avènement de l’IA générative et du métavers. Ces périodes d’accélération technologique bouleversent notre conception de l’humanité et du corps humain comme le témoigne la vertigineuse fresque de plus de 700 peintures, gravures, photos, vidéos et installations multimédia sur les trois étages du musée.

La vidéo Oz de l’artiste chinoise Cao Fei nous confronte à un avatar moitié humain, moitié machine avec des tentacules de pieuvre. L’image est à la fois belle et inquiétante, explorant la plasticité de l’identité numérique en perpétuelle mutation. Du metavers à un écosystème aquatique, Zumbi Zumbi Eterno, du franco-caribeen Julien Creuzet, puise dans le passé pour produire une créature hybride nourrie de mémoires diasporiques et anticoloniales, rappelant que le « nouvel humain » n’est pas qu’une affaire de processeurs et d’algorithmes, mais aussi d’histoire douloureuse et de cultures résilientes.

A l’inverse, Sophia Al-Maria, qui a vécu aux États-Unis et au Qatar, se tourne elle vers le futur dystopique des pays du Golfe avec leurs espaces urbains high-tech et fastueux qui surgissent du désert. Sa vidéo The Future was desert illustre le “Gulf Futurism”, entre promesse technologique et épuisement des ressources, ou le désert redevient désert. Dans un tout autre registre, In Love with the World de la Coréenne-Américaine Anicka Yi offre un rare moment paisible, presque poétique, au milieu du brouhaha numérique environnant. Deux machines translucides gonflées à l’hélium (aérobes), évoquant des méduses géantes, flottent langoureusement à travers la galerie, fragiles et légères malgré leur taille imposante, et nous invitent à imaginer des machines qui coexistent harmonieusement avec les humains.
Rien n’est plus étranger à l’homme que sa propre image
A New-York, New Humans est une exposition dense avec un déferlement d’images et de sons superposés qui produit par moments une saturation sensorielle et un chaos informatif épuisant. Comme un miroir de notre condition d’humains aujourd’hui, elle reproduit une sensation similaire au doom scrolling, ce défilement compulsif et anxiogène des flux numériques quotidiens de nos écrans.

“Rien n’est plus étranger à l’homme que sa propre image” a écrit le dramaturge tchèque Karel Capek, inventeur du mot « robot » en 1920. Lors de la soirée d’inauguration à New-York, en détournant les yeux des représentations tourmentées, post-humaines et technologiques accrochées aux murs, l’humanité ordinaire de la foule rassemblée – un “downtown crowd” urbain et branché, banal et familier – paraît soudain rassurante, voire réconfortante.
Clara Fon-Sing
New Humans: Memories of the Future jusqu’en juillet 2026 au New Museum, 235 Bowery, New-York, NY 10002
En savoir plus sur LCV Magazine
Subscribe to get the latest posts sent to your email.







