Au numéro 59 de l’avenue Raymond Poincaré, où résida jadis Alfred Nobel, et où s’épanouit il y a un quart de siècle la table de Joël Robuchon, s’est ancrée depuis octobre 2021 la Maison Revka. Plus qu’une simple adresse gastronomique, ce lieu se définit comme une rencontre entre l’âme slave et l’esprit parisien, portée par la vision de Laurent de Gourcuff (Paris Society).
Le véritable tour de force annoncé par la Maison Revka résiderait dans sa dimension onirique. Orchestrée par l’architecte et décoratrice Laleh Amir Assefi, ancienne collaboratrice de Jacques Garcia et major de sa promotion à l’école d’architecture, la scénographie qui refuse la « beauté froide » préfère une flamboyance habitée.

La volonté de l’équipe suggère que le visiteur ne soit pas simplement accueilli, il pénètre dans un décor où les époques et les géographies s’entremêlent. Un escalier monumental, évoquant la superbe du Bolchoï, dessert une succession de salons aux prénoms d’héritiers russes. Chaque étage dévoile une strate de ce rêve slave : des alcôves intimes, un jardin conçu comme un kiosque, et une bibliothèque aux boiseries classées.
Laleh Amir Assefi marie l’art nouveau avec l’esthétique des isbas, convoquant des luminaires en forme d’oiseaux de feu — figures emblématiques de la mythologie slave — et des sculptures rappelant les matriochkas. Sous les combles, l’expérience culmine avec une tente évoquant l’Oural, où trône une panthère des neiges, achevant de transformer l’hôtel particulier en une demeure de conte.
Une Gastronomie entre Héritage et Modernité Urbaine
Sous la direction du chef exécutif Julien Chicoisne, le dossier partagé annonce la cuisine de Maison Revka comme une synthèse entre les classiques russes et les exigences d’une ville-monde comme Paris. La carte réhabilite des chefs-d’œuvre de précision comme le Coulibiac de saumon — pièce maîtresse enserrée dans son feuilletage au beurre blanc — ou la betterave qui flirte avec le cœur de saumon.

La promesse d’un service d’excellence est revendiquée : les blinis sont présentés avec une gestuelle soignée, les œufs de caviar se dégustent à la cuillère ou au creux d’un œuf coque, et les pavlovas se déclinent avec gourmandise. La Maison ne souhaite pas s’enfermer pas dans le folklore, et s’inscrire dans une modernité avec des propositions plus citadines, telles que le homard bleu breton, les casarecce ou le caviar Impérial de Sologne accompagnant un dos de cabillaud.
L’Art de Vivre : De la Boutique Couture au Bar « Poupées Russes »
La Maison Revka est une maison à vivre du matin au soir, pensée en « poupées russes ». Au rez-de-chaussée, la boutique-épicerie fine se présente comme un écrin « couture » mêlant marbre intemporel et lumières douces. La proposition est celle du mystère slave, qui encourage à vivre l’expérience jusqu’au bout de la nuit, entre terrasse à ciel ouvert et le feutré des antichambres. Avec à la carte des produits d’exception — caviars, saumons fumés, king crab — mais aussi un art de vivre complet allant du linge de maison aux pyjamas en soie.

Dans cette perspective, les tenues — orchestrées par les stylistes de Society Room — auraient été pensées pour convoquer l’élégance d’une Russie mythologique, entre bottes de caractère et cols travaillés, tout en prétendant éviter l’écueil du simple déguisement. Cette promesse d’une allure qui cultiverait « l’étoffe » slave mériterait toutefois d’être confrontée à l’épreuve d’un service complet pour s’assurer que cette théâtralisation ne nuit pas à la fluidité de l’accueil.

Maison Revka se présenterait ainsi comme une tentative de métamorphose, visant à transformer un hôtel particulier chargé d’histoire en une résidence qui se voudrait vibrante, où chaque salon proposerait son propre récit de voyage. L’esthétique globale, que l’on nous annonce sans frontières, s’appuierait sur une convergence de savoir-faire, du graphisme signé par le Studio Violaine & Jeremy aux pièces de la faïencerie de Gien.
Reste à vérifier si cette invitation à l’étourdissement cher à Gogol, au cœur du XVIe arrondissement, parviendra réellement à faire oublier la lisière entre la construction d’un songe marketing et la vérité d’une expérience habitée. Seul un test in situ permettra de confirmer si ce pari audacieux dépasse le stade de la superbe déclaration d’intention pour s’ancrer dans la réalité parisienne.
Informations Pratiques :
Réservation : 01 40 62 72 05
59 avenue raymond poincaré paris 16e
Capacité : 80 couverts à l’intérieur et 7 salons privatifs.
contact@maisonrevka-paris.com
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