Il y a des propriétés dont on croit tout savoir. Château Lascombes fait partie de celles-là. Deuxième grand cru classé en 1855, 130 hectares étalés sur trois des cinq villages de l’appellation Margaux, un nom qui résonne depuis le XVIIe siècle — depuis le chevalier Antoine de Lascombes, procureur au Parlement de Bordeaux, dont le titre de noblesse a traversé les siècles pour devenir celui du second vin du château. Et pourtant, depuis 2022, quelque chose a changé ici. Quelque chose de discret mais de profond, que l’on commence à percevoir aussi bien dans le verre que dans la façon dont le domaine s’ouvre désormais à ses visiteurs.
Un nouveau chapitre, signé Lawrence et Heinz
L’histoire récente de Lascombes commence avec Gaylon Lawrence Jr., propriétaire terrien américain à la tête de six domaines dans la Napa Valley — dont les références Stony Hill et Heitz — qui réalise en 2022 son « dernier rêve » en rachetant la propriété. Son ambition est simple à formuler, complexe à tenir : remettre Lascombes à la hauteur de son rang. Pour y parvenir, il fait appel en 2023 à Axel Heinz, œnologue franco-allemand formé à Bordeaux, parti pendant dix-huit ans diriger Ornellaia et Masseto en Toscane, deux des super-toscans les plus admirés au monde.
« Lascombes est une propriété en plein renouveau, confie Axel Heinz. Il s’agit de reporter la qualité et la réputation des vins au niveau de ses origines. » Le cap est fixé : retrouver l’élégance, le fruit, la fraîcheur propres à Margaux — ce que les amateurs connaissent comme l’ADN de l’appellation, avant que les modes d’une certaine époque ne le recouvrent de bois et de puissance. « Retrouver le classicisme, précise-t-il, ne doit pas être quelque chose de rétrograde. On n’est plus dans les mêmes conditions climatiques qu’il y a trente ou quarante ans. Mais il y a un esprit, des valeurs associées aux vins de Margaux : les vins les plus délicats, les plus parfumés, qui jouent moins sur la puissance que sur le raffinement. »
Le slow tourisme comme philosophie d’accueil
Dans ce renouveau, l’œnotourisme n’est pas une vitrine de façade. C’est une conviction. « On est une des propriétés du Médoc ouvertes au public, souligne Axel Heinz. C’est une activité importante, non seulement parce qu’elle contribue à la promotion de nos vins, mais pour créer un lien direct avec les consommateurs. Le fait de venir à la propriété, de repartir avec une bouteille — c’est finalement le lien le plus important et le plus solide qu’on puisse créer. »
Océane Chiaiese-Lopez, responsable de l’œnotourisme incarne bien l’esprit de cette nouvelle approche. « Avant, on recevait beaucoup, beaucoup de monde en visites publiques, explique-t-elle. Avec les nouveaux propriétaires, on a décidé de se mettre sur des visites privées, de faire du slow tourisme, de donner des expériences plus privilégiées. » Une heure, parfois une heure et demie, avec de petits groupes. Le temps de vraiment comprendre ce qui se joue ici.
Cinq parcours, du premier verre à la verticale de légende
Pour la saison 2026, le château propose cinq formats de visite — chacun conçu comme une lecture différente du domaine.
La première, Découverte du Château Lascombes (35 €/personne, 1h à 1h30), est une immersion dans l’histoire et le vignoble, jusqu’aux cuves inox du nouveau cuvier gravitaire inauguré en 2021, suivi d’une dégustation des trois cuvées de la gamme : Haut-Médoc de Lascombes, Chevalier de Lascombes et le grand vin.
La deuxième, Voyage au cœur du renouveau (45 €/personne, 1h30), est peut-être la plus pédagogique et la plus honnête. On y compare côte à côte les millésimes 2018 et 2022 du Chevalier et du Château — l’ancien style face au nouveau. « On veut que les clients comprennent quel est l’ancien style et quel est le nouveau style du Château Lascombes », dit Océane. Une dégustation qui n’a pas peur de se montrer.
Vient ensuite la verticale (600 € pour 1 à 6 personnes, 100 € par personne supplémentaire) : 2000, 2010, 2016, 2020 — quatre millésimes du château, servis dans le salon historique, assis, dans les verres de la maison. Une heure de visite, une heure de dégustation. Une façon de prendre le temps que le vin mérite.
La Côte Lascombes : le pari inattendu
La nouveauté qui fait le plus parler, c’est La Côte Lascombes. Tout commence en 2023 quand Axel Heinz, en explorant méthodiquement le parcellaire du domaine, fait escale au lieu-dit éponyme avec Delphine Barboux, la directrice technique en poste depuis 2001. Quatre parcelles, à peine cinq hectares au total, à un kilomètre et demi à vol d’oiseau de la Gironde. Les graves habituelles du Médoc ont disparu, remplacées par une argile sur dalle calcaire affleurante — et surtout, chose rarissime sur la rive gauche, des veines d’argile bleue. Un accident géologique que l’on associe d’ordinaire aux plus grands Merlots de la rive droite bordelaise ou de certains terroirs toscans d’exception.
Delphine Barboux connaissait déjà la singularité de ces vignes, plantées dans les années 1980 : « Depuis mon arrivée en 2001, les Merlots de La Côte ont toujours bien réagi, quelle que soit la climatologie du millésime. Toujours justes, sans excès ni déficit, ils ont constitué un socle évident dans l’assemblage du grand vin tel qu’il était. » Ce que l’étude géologique d’Axel Heinz est venue confirmer et expliquer : l’argile bleue crée une déficience en potassium qui favorise un niveau d’acidité plus élevé, régule le stress hydrique de la vigne et tempère naturellement la maturation. « Sur ces parcelles, la maturation est plus retenue, mais il faut être vigilant pour préserver la subtilité », résume Heinz.
Le résultat est un 100 % Merlot à Margaux — un contre-pied absolu dans une appellation dont la réputation repose sur l’assemblage à dominante Cabernet-Sauvignon. Production confidentielle, élevage de 18 à 20 mois en fûts de chêne neufs à 60 % et en amphores, prix conseillé à 200 €. « Un nouveau vin doit apporter quelque chose de nouveau », dit simplement Heinz. Et d’ajouter, avec une honnêteté désarmante : « Nous sommes en train d’apprendre. La Côte est encore loin d’avoir livré toutes ses réponses. »
Le premier millésime, 2022, est accessible exclusivement à travers l’Expérience La Côte Lascombes, une visite en petit groupe qui réunit en dégustation horizontale le Chevalier, le grand vin et cette cuvée confidentielle — seul format au monde pour l’approcher.
Table dressée au château
Dernière nouveauté de la saison : la possibilité de déjeuner au château, sur réservation. Terrasse ombragée en été, cheminée en hiver. Produits du terroir, grillades aux sarments de vigne, vins et millésimes de la propriété qui rythment le repas. Un format intime, pensé pour ceux qui veulent que la visite continue à table.
Les visites sont proposées uniquement sur rendez-vous.
contact@chateau-lascombes.fr — tél. : +33 (0)5 57 88 70 66
www.chateau-lascombes.com
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