Le journaliste Robert Yvon – figure de Nice-Matin -, nous offre aujourd’hui sa vision de la 65ème édition du festival Jazz à Juan, telle qu’il l’a vécue ces derniers jours. Mémoire vivante de la Côte d’Azur, notre confrère dont les sourires et les chapeaux sont légendaires, partage ainsi une chronique personnelle et unique, où chaque étincelle de cet événement dont la Méditerranée constitue un décor époustouflant depuis la scène dressée dans la Pinède Gould, ne laisse jamais un spectateur indifférent.
Chronique de Robert Yvon
Quand les cigales sont revenues chanter à guichets fermés avec Samara Joy vendredi soir, l’esprit d’Ella Fitzgerald et de Sarah Vaughan devait roder dans les lieux. La seconde partie de soirée avec Marcus Miller aura donné – elle – le ton, de ce mélange d’Histoire et d’avenir autour de la musique de Miles Davis.
En effet, depuis le début des années 2000, le plus vieux festival d’Europe a cherché une nouvelle génération d’artistes capables de remplir la mythique Pinède-Gould (3.350 places). La star du jazz qui accompli ce miracle, c’est donc le bassiste Marcus Miller, à qui Jazz à Juan devrait ériger une statue, près de celle de Sidney Bechet.
Dans un contexte de concurrence et de surenchère des artistes, Antibes a choisi de renouveler son champ artistique. La disparition en 2021du directeur artistique de la Société des Bains de Mer (SBM), repreneur et inventeur de nouveaux concepts à Jazz à Juan, avait en effet plongé le Festival de Juan-les-Pins dans l’inconnu.
Un festival transformé au fil de l’eau
Jusqu’à l’arrivée en 2022 d’un trio composé de Jean-Noël Ginibre, Reno Di Matteo et Pascal Pilorget. Trois mousquetaires du jazz, qui possèdent dans leur société de production le plus beau catalogue de musiciens de jazz au monde. Restait à Juan et à l’Office de tourisme, à faire des choix ailleurs que dans la musique bleue, pour élargir son public.
D’où l’affiche surprise de cet été 2026 avec Tom Jones, Seal, Morcheeba, Goran Bregovic, ou Fatoumata Diawara et Keziah Jones, pour cette 65ème édition. Une autre musique, un autre genre, un autre public, et en première partie de soirée une nouvelle génération du jazz et de ses musiques connexes : Dhafer Youssef, China Moses et Jose James, Mica Millar ou « The Fearless Flyers » (Cory Wong, Joe Dart, Mark Lettieri, Nate Smith).
Le jazz au premier plan, nourri par ses héritiers
Alors, pour ne pas oublier l’Histoire de la Pinède-Gould, les cigales sont revenues chanter ce vendredi 17 juillet et accompagner la superbe voix de Samara Joy, sublime héritière de Sassy et Ella.
Les cigales ayant chantées toute la soirée, se sont calmées dès les premières notes de la musique électrique de Marcus Miller et des sidemen vivants de l’album « We want Miles » (Bill Evans au sax, Mino Cinelu aux percussions, Mike Stern à la guitare), préférant sans doute écouter la trompette de Sean Jones dans la peau de Miles.
(Photos Robert Yvon)
Coté jazz français, Thomas Dutronc a offert ce samedi la « première » de son nouveau concept « Jazz and Friends) avec Eric Legnini au piano, Stephane Belmondo à la trompette, Rocky Gresset à la guitare, Franck Aghulon à la batterie, et Thomas Bramerie à la contrebasse. Et le trompettiste Erik Truffaz- avec Antonio Lizana (saxophoniste chanteur)-a également rendu hommage à Miles Davis avec une relecture de « Sketch of spain ».
Alors, que manque-t-il aujourd’hui au festival Jazz à Juan ?
Je dirais simplement un peu plus de musique dans les rues, au Carrefour de la joie, sur des podiums, sur les plages. Un esprit plus jazz, comme aujourd’hui à Vienne, ou à Marciac. Et un « Espace du jazz » dédié toute l’année à Juan, à ce Festival et à la musique bleue. Une sorte de lien entre passé et avenir. Un Espace promis pendant sa campagne électorale par Jean Leonetti, qui cherche simplement un lieu pour le réaliser.
Tout cela en plus du off de 18 h dans la Petite Pinède, déclinaison estivale des artistes émergeants de Jammin’Juan. Ce marché du jazz aura lieu cette année les jeudi 29 octobre et vendredi 30 octobre prochains (1).
Robert YVON
(1) Programmation complète sur le site de Jammin’Juan : jammin.jazzajuan.com
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