Dans le paysage des métiers d’art français, rares sont les maisons capables de traverser un siècle sans perdre leur âme. Virebent appartient à cette lignée précieuse : celle des ateliers où la matière, le geste et le temps composent une œuvre vivante. Fondée en 1924 au cœur du Lot, la maison célèbre aujourd’hui cent ans d’une histoire façonnée par le feu, la terre et une exigence constante.
Chez Virebent, la céramique est un langage transmis, affiné, parfois réinventé. Du modelage initial à la fabrication des moules, chaque étape témoigne d’une précision héritée et d’une intelligence de la main. Dès le milieu du XXe siècle, la maison amorce un dialogue fécond avec le design, faisant émerger des pièces où l’objet utilitaire devient forme sensible.

L’année 2000 : une reprise comme un acte de foi
À la fin du XXe siècle, l’histoire aurait pu s’interrompre. Mais en 2000, Frédérique Caillet et Vincent Colin reprennent la manufacture. Leur geste dépasse la logique entrepreneuriale : il relève d’un engagement profond envers les métiers d’art. « Nous n’avons pas repris une entreprise, nous avons adopté une histoire », confie Frédérique Caillet.
« Et avec elle, la responsabilité de la faire vivre sans la trahir. » De son côté, Vincent Colin évoque une intuition presque instinctive : « Ce lieu avait une mémoire incroyable, mais il fallait lui redonner une projection. Il ne s’agissait pas de conserver Virebent, mais de la remettre en mouvement. » Cette reprise marque le début d’une aventure exigeante, faite de décisions parfois risquées, de reconstructions lentes, et d’un attachement constant à l’atelier.
Créer sans rompre : la vision de Vincent Colin
Designer, Vincent Colin insuffle à Virebent une écriture contemporaine, libre et audacieuse. Ses créations ne cherchent pas à séduire immédiatement : elles interrogent, déplacent les usages, convoquent l’imaginaire. Parmi elles, ses bouteilles en porcelaine aux lignes radicales, le photophore Hamlet — un crâne devenu objet de lumière — ou encore le lustre Médor, sculptural et organique, révèlent une approche presque narrative de l’objet.
« La porcelaine est une matière paradoxale », explique-t-il. « Elle est fragile mais peut devenir extrêmement puissante visuellement. Ce qui m’intéresse, c’est cette tension. » Pour lui, Virebent est un terrain d’expérimentation : « On peut y tester des idées qui seraient impossibles ailleurs, parce que l’atelier sait tout faire. C’est une liberté rare. »

Une éthique du geste : l’engagement de Frédérique Caillet
Si la forme évolue, la conscience, elle aussi, s’affirme. Frédérique Caillet inscrit la maison dans une démarche durable et responsable, bien avant que ces notions ne deviennent incontournables. « Produire aujourd’hui comme hier n’a plus de sens », affirme-t-elle. « Il faut interroger chaque étape : la matière, l’énergie, les déchets. L’excellence ne peut plus être uniquement esthétique. » Sous son impulsion, Virebent réduit ses rebuts, recycle ses matériaux et privilégie des glaçures non toxiques. Cette attention ne relève pas d’un argument marketing, mais d’une conviction profonde : celle que l’artisanat doit être en phase avec son époque.

Une aventure humaine avant tout
Derrière les objets, il y a des mains. Et derrière les mains, une équipe. Depuis la reprise, Virebent s’est reconstruite autour d’artisans, de techniciens, de jeunes talents venus apprendre et transmettre à leur tour. « Rien ne serait possible sans l’atelier », rappelle Vincent Colin. « Chaque pièce est le résultat d’un dialogue entre ceux qui imaginent et ceux qui fabriquent. » Le centenaire devient ainsi un moment de reconnaissance collective. Frédérique Caillet insiste : « Cet anniversaire est dédié à ceux qui font Virebent au quotidien. Leur fidélité, leur passion, leur exigence sont notre véritable richesse. »
Une maison tournée vers demain
Aujourd’hui, Virebent demeure l’un des derniers ateliers français capables de travailler toutes les céramiques. Cette singularité lui permet de rester un lieu de création ouvert, en constante évolution. « Le plus grand danger serait de devenir une maison patrimoniale figée », conclut Vincent Colin. « Nous préférons rester en déséquilibre, en recherche. » Cent ans après sa fondation, Virebent ne célèbre pas seulement son passé : elle affirme une trajectoire. Entre mémoire et invention, exigence et liberté, la maison poursuit son dialogue avec le feu — et avec le temps.
Carole Schmitz
Virebent Paris
7, rue Bréguet 75011 Paris
(Quartier Bastille)
T : + 33 (0)1 48 06 44 17
Lundi au vendredi : 10h30 – 19h30
Samedi : 14h00 – 19h00
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