Avec plus de 97 000 abonnés sur Instagram, et connu sur les réseaux sociaux sous le pseudo Mots du Marquis, Pierre Nicolas s’est donné comme objectif de remettre la poésie au goût du jour. Il arpente les rues de Bordeaux pour faire sourire les gens grâce à ses vers et sa prose. Mais derrière cette façade de bonne humeur, se cache un parcours plus complexe qu’il n’y parait.
« Je vais te dire quelque chose qui va te faire du bien ». Le ton est toujours positif, ce trentenaire autodidacte aborde des passants dans la rue en essayant d’égayer leur journée. Mais derrière cette quête de bienveillance se cache un parcours intime qui se reflète dans chacun de ses textes. Passionné de poésie depuis l’adolescence, il a commencé à écrire tout seul. « C’était une urgence pour moi », souffle le jeune homme. Ce refuge est désormais devenu son métier, qu’il aspire à partager avec le plus grand nombre.
« Pour moi, la poésie, avant qu’elle soit dans la littérature, était sur les marchés avec tous les camelots ». Une enfance partagée entre les journées dans l’environnement des itinérants avec son père, et une scolarité compliquée, l’ont conforté dans son choix de vie. S’étant toujours senti en décalage avec ses camarades, il a préféré s’imprégner de l’ambiance agitée des cahutes des marchands nomades, lire et écrire. Suivre une formation académique ne lui a jamais traversé l’esprit, tant il était déterminé à réaliser son rêve : vivre de la poésie. Ce genre littéraire est pour lui la première thérapie possible. Aussi, après une première rupture amoureuse, il écrit des lettres qu’il n’enverra finalement jamais. « Je me suis rendu compte qu’au fil des jours, ce qui m’importait, c’était d’écrire et non pas que les lettres soient lues […] l’écriture était dans un premier temps une thérapie ».
La poésie itinérante pour les souvenirs
En 2021, il se lance avec des amis dans une traversée des Pyrénées à vélo. Tout au long de ce périple, il tient un carnet de bord et écrit tout ce qu’il voit, ressent et les rencontres qu’il fait. À son retour, il publie son livre Mémoire en roue libre et le dédie à la Fondation Recherche Alzheimer. Touché personnellement par ce combat de par ses deux grands-mères toutes deux diagnostiquées, il fait de la mémoire une affaire personnelle. « Nos souvenirs sont plus à l’abri lorsqu’ils sont écrits sur une page blanche, dans un carnet ou dans un bouquin, que dans notre mémoire », explique le poète d’un air sérieux. Écrire est pour lui le meilleur moyen de laisser une trace et de se souvenir. Dans la foulée, il crée son compte Instagram « Mots du Marquis », sur lequel il parle notamment d’amour. Avec aujourd’hui 97 000 abonnés, le Bordelais part à la rencontre d’inconnus entre Bordeaux et Paris.
Les mots du Marquis ou la provocation en partage
Aujourd’hui, Pierre Nicolas écrit avant tout pour les autres. Après avoir composé pendant des années dans l’ombre, il utilise la poésie pour faire passer des messages et aider son prochain. Pourtant, la sortie de son premier single musical, « Amour flingué », montre une nouvelle facette de l’artiste. Si son contenu sur les réseaux sociaux est tourné de manière positive, son premier morceau de musique, lui, est beaucoup plus sombre et profond.
Dans ce dernier, il se met à la place d’un romantique perdu dans une société qui préfère les relations toxiques à la simplicité. Chaque projet ou publication que fait le Marquis est pour les autres, mais quelle place reste-t-il pour Pierre Nicolas face à tout cela ? Si la poésie était au début privée et un moyen d’exprimer ses propres émotions, aujourd’hui son rôle a changé. « Dans tout ce que je donne, le premier qui reçoit c’est quand même moi […] peut-être que je parle d’abord à moi-même aussi dans tout ça », admet l’artiste.
Toujours en quête de nouveaux projets, Pierre-Nicolas refuse de se laisser enfermer dans une seule case. Il s’attelle déjà à l’écriture d’un nouveau roman, à la préparation d’un prochain single dont le sujet sera tout simplement la vie et ses difficultés. « C’est un métier d’acrobate. C’est un équilibre, c’est un mode de vie. Je pense qu’être artiste, ce n’est pas un travail, c’est un mode de vie », dit-t-il. Tel un funambule qui rejette les cadres et les sentiers battus, le Bordelais continue de privilégier la sincérité de l’instant aux formations académiques. Un choix de vie audacieux et fragile à la fois, qu’il assume pleinement. Poète des rues, le Marquis avance sur son fil, guidé par le besoin de créer et de toucher les gens.
Un portrait de Maya Delahaye
En savoir plus sur LCV Magazine
Subscribe to get the latest posts sent to your email.