Il y a des trajectoires qui semblent défier la gravité avant même d’avoir un nom. Celle de Sabrina Pasterski, née à Chicago en 1993, n’a pas commencé dans le silence feutré d’une bibliothèque, mais, comme d’autres génies, dans le vacarme métallique d’un garage de l’Illinois. Dès l’âge de 9 ans, en 2002, elle prend ses premières leçons de vol. Mais piloter ne lui suffit pas : elle veut comprendre la machine. En 2005, à seulement 12 ans, elle entame la construction d’un avion monomoteur en kit, le Zenith CH 601 XL. Ce projet colossal, qu’elle mène seule en assemblant elle-même 15 000 rivets, est financé par la vente de la Corvette familiale.
En 2009, à 16 ans, elle réalise son premier vol solo aux États-Unis, dans son propre appareil. Sur son site PhysicsGirl, elle s’amuse de ce paradoxe précoce : « Je n’avais pas de permis de conduire, et pourtant j’étais pilote d’essai à 16 ans ! ». Elle poursuit sur son pureplayer en précisant que pour elle, cette période fut une école de la vie : « Construire quelque chose de réel m’a appris très tôt la rigueur et la patience ».
Sabrina Pasterski, la naissance d’une étoile
Son admission au MIT en 2010, après avoir été initialement sur liste d’attente, marque un tournant. Sabrina Pasterski y caracole en tête de promo, obtenant son diplôme en physique en seulement trois ans (2013) avec une moyenne parfaite de 5.0/5.0, une première pour une femme depuis deux décennies avant elle. C’est là que sa curiosité bascule. Selon différentes sources, elle ne voulait plus seulement savoir comment une machine volait, mais pourquoi les lois fondamentales de la nature le permettaient. Ce passage de l’ingénierie à la physique théorique la mène à Harvard, où elle débute son doctorat en 2014.
Sabrina Pasterski est pionnière de l’holographie céleste, une approche pour unifier l’espace-temps et la théorie quantique. – Wikipedia Commons
Selon un article de The Times of India publié en février 2026, à 32 ans aujourd’hui, Sabrina Pasterski s’attaque au Graal de la science : unifier la relativité générale (l’infiniment grand) et la mécanique quantique (l’infiniment petit). La chaîne Youtube « Turing », qui propose une démarche de vulgarisation scientifique en reprenant des éléments biographiques souvent cités par la presse internationale, explique que son domaine de prédilection, l’holographie céleste, propose une vision révolutionnaire. Elle en propose une explication pédagogique en conseillant d’imaginer l’univers comme une carte de crédit : bien que la carte soit plate (en 2D), elle contient toutes les informations pour projeter une image en relief (3D). Sabrina explore l’idée que tout ce que nous percevons de notre univers tridimensionnel ne serait qu’une projection d’informations stockées sur une surface lointaine, à la lisière de l’espace-temps.
Une éthique de l’exploration continue
Selon le Figaro, « dans une publication, coécrite par Stephen Hawking et Andrew Strominger en 2016, sur le paradoxe de l’information avec les trous noirs, le physicien mentionne Sabrina Gonzalez Pasterski pour un article écrit en solo sur la mémoire électromagnétique – une incroyable reconnaissance pour une physicienne aussi jeune ». Pour une jeune physicienne, cette citation par une figure de son envergure aura forcément représenté une validation scientifique exceptionnelle. En outre, cette reconnaissance valide ses travaux au centre de la recherche sur la gravité quantique et les trous noirs. C’est précisément cet événement qui déclenche l’intérêt massif des médias pour la scientifique, lui attribuant alors l’étiquette de « prochaine Einstein ». Notamment évoqué dans l’article du journal britannique The Times intitulé « Meet the next Einstein ». Elle est d’ailleurs déjà surnommée ainsi dans le classement Forbes 30 Under 30 All-Star en 2015.
Une étiquette qu’elle rejette systématiquement, avec une humilité désarmante. Les quelques déclarations accordées à la presse, confirment que Sabrina Pasterski refuse d’être un produit médiatique. Aussi, elle évolue sur des rails différents des membres de sa génération. Dans un monde saturé d’hyper-visibilité, elle peut être considérée comme une anomalie : elle n’a ni smartphone, ni réseaux sociaux. Elle a souvent insisté sur le fait que pour elle, la physique ne constitue pas un métier avec des horaires réguliers, mais une exploration continue. Cette phrase signifie que sa recherche n’est pas une tâche administrative que l’on abandonne en quittant le bureau. C’est une vigilance intellectuelle permanente.
Un être libre, hors exception de genre
A l’instar d’autres intellectuels de son temps, son moteur n’est pas le gain financier, mais la collaboration dans la quête de connaissance : « Doit-on combattre la compétition, ou travailler de manière plus collaborative ? Parler davantage peut aider à améliorer les idées », explique-t-elle. Cette citation est la traduction française d’un propos tenu par Sabrina Pasterski lors d’un entretien concernant son arrivée au Perimeter Institute for Theoretical Physics au Canada. En 2021, elle décline une offre de 1,1 million de dollars de l’Université Brown pour rejoindre cette organisation, où elle devient la plus jeune professeure à 27 ans. Sabrina Pasterski a également refusé des offres de Jeff Bezos chez Blue Origin et de la NASA.
En outre, fière de ses racines cubano-américaines et ancienne élève des écoles publiques de Chicago, elle refuse de se voir comme une exception de genre, elle revendique en quelque sorte, un point de vue politique. « En tant que femme, je ne ressens aucun désavantage… C’est valorisant de ne pas se sentir différente, au sens où toute critique que je reçois n’est pas parce que je suis une fille, mais parce que je peux faire mieux ». Aujourd’hui, elle continue de naviguer dans l’incertitude des équations avec la même liberté qu’à 16 ans dans son cockpit, convaincue que les plus belles découvertes naissent là où le chaos rencontre l’élégance.
Un portrait de Karine Dessale
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