Le 21 mai marque la Journée internationale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement. Une date qui résonne particulièrement dans un monde traversé par les tensions géopolitiques, les crispations identitaires et la montée des discours extrêmes. Selon l’UNESCO (Ndlr : Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture), 89 % des conflits émergent dans des pays où le dialogue inter-culturel est faible. Et si notre erreur collective était de considérer la diversité comme une simple coexistence, plutôt que comme une compétence à part entière ? Pour Luxe, Calme & Volupté Magazine, Charlotte Courtois répond aux questions de Rose Claverie.
Depuis 15 ans, Charlotte Courtois reconstruit des ponts entre les cultures. Seule Française reconnue Jeune Leader pour la Paix par l’UNESCO, fondatrice de l’ONG (Ndlr : Organisation non gouvernementale) Konstelacio dont la marraine est la comédienne Bérénice Béjo, conférencière en entreprise, elle œuvre aussi bien auprès des enfants, que des dirigeants.
La diversité ne suffit pas, il faut apprendre à créer du lien
Pour Charlotte, l’inter-culturel ne consiste pas simplement à accepter les différences. « La culture, c’est notre manière de vivre, de comprendre le monde. L’inter, c’est la capacité à tisser des ponts. » Autrement dit, la diversité culturelle ne se limite pas à la tolérance. Elle implique de savoir communiquer, collaborer et construire avec des personnes qui ne partagent pas nos codes ni nos évidences.
Trois compétences pour éviter la polarisation
Charlotte Courtois défend un véritable kit de survie inter-culturel. D’abord, la vulnérabilité : accepter de ne pas tout savoir. Ensuite, la curiosité : poser des questions et écouter pour comprendre, plutôt que pour répondre. Enfin, la « décentration » : reconnaître que notre vision du monde n’est pas universelle.
Dans une époque dominée par les opinions instantanées, cette dernière compétence change tout. Elle permet de sortir du réflexe binaire : qui a raison, qui a tort ? Elle souhaite ouvrir un espace plus rare : celui de la coopération.
De l’école à l’entreprise, une même urgence
Avec l’ONG Konstelacio, Charlotte Courtois développe depuis quinze ans des outils pédagogiques pour transmettre des compétences aux plus jeunes. Son objectif : aider les enfants à découvrir d’autres cultures tout en comprenant mieux la leur. Grâce à sa reconnaissance par l’UNESCO, ces outils ont désormais vocation à être diffusés plus largement.
Mais son action ne s’arrête pas là. En entreprise aussi, elle observe combien les incompréhensions culturelles freinent la collaboration. « Nous passons un tiers de notre vie au travail. Si nous changeons nos interactions à ce niveau-là, nous pouvons aussi transformer la société. »
Faire de l’émerveillement une stratégie
Ce qui guide Charlotte Courtois n’est pas la peur du conflit, mais l’émerveillement face à la diversité humaine. Là où d’autres voient une menace, elle voit une expansion du possible. D’autres façons de penser, de vivre ou d’agir ne diminuent pas notre propre vision : elles l’élargissent. À l’heure où la polarisation s’intensifie, son message est clair : la paix ne se construit pas seulement dans les institutions, mais dans des compétences humaines concrètes, qui s’apprennent et se transmettent. Peut-être est-ce là l’un des grands enjeux de demain : comprendre que la diversité culturelle n’est pas un problème à gérer, mais une intelligence à développer.
Dans un contexte où les entreprises comme les institutions publiques cherchent des réponses à la fragmentation des sociétés, ces compétences deviennent aussi des leviers stratégiques. Elles influencent la manière de décider, de recruter, de coopérer et même d’innover. Pour Charlotte Courtois, il ne s’agit pas d’un idéal abstrait mais d’un enjeu très concret : la qualité des relations humaines conditionne directement la capacité à agir ensemble. C’est pourquoi elle plaide pour une diffusion plus large de ces approches, dès le plus jeune âge, et dans tous les environnements professionnels. À ses yeux, mieux comprendre l’autre n’est plus une compétence secondaire, mais un prérequis pour faire société. Dans un monde en recomposition rapide et incertaine.
Par Rose Claverie pour Luxe, Calme & Volupté Magazine
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