De Twitter aux kiosques, Sébastien Liebus a fait de l’anagramme du Figaro une institution de la presse satirique. Lors d’un entretien à bâtons rompus, accordé à Luxe, Calme & Volupté Magazine, le fondateur du Gorafi nous livre son regard acerbe sur un journalisme en crise. Passionné des médias, il explique pourquoi, face aux algorithmes, le rire reste son arme la plus efficace.
« Je suis juste un mec qui écrit des blagues sur internet », s’amuse-t-il volontiers. Pins colorés fixés sur une petite veste de costume, lunettes sur le nez, le fondateur du Gorafi décrit le monde avec humour et sarcasme en utilisant la satire. Grand fan de The Onion, journal satirique américain, Sébastien Liebus n’a pas la langue dans sa poche et n’hésite pas à se moquer des codes d’écriture et de l’actualité. Autodidacte, ce mordu de presse écrite reprend les titres d’actualité pour les tourner en dérision. Son amour pour ce genre littéraire, il l’a façonné avec des figures comme les Nuls ou encore le journal L’Os à moelle de Pierre Dac. Aujourd’hui, c’est lui qui forme les nouveaux membres de sa rédaction, en transmettant les codes du genre.
Liebus, ou la passion de la presse satirique
Avec un passé chez Europe 1, il s’est lancé dans son projet en 2012 en ouvrant un compte Twitter. Depuis, un site créé, plus de 4 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux et plus récemment, début avril, la première parution d’une version papier du Gorafi. Ses motivations ? L’ennui et un attrait particulier pour ce style littéraire qu’il cultive depuis l’enfance. Le titre du site d’information Gorafi est lui-même une anagramme du journal bicentenaire le « Figaro ». Les articles, aux titres humoristiques, reprennent de vrais titres de journaux connus et les transforment à sa sauce.
Plus qu’un travail, la caricature littéraire est pour lui un mode de vie. « C’est une manière de voir le monde », souffle-t-il. La satire est son arme pour créer des réactions et offrir un autre regard sur la société. « La satire fait partie du débat démocratique, c’est un refuge, un acte politique », poursuit-t-il avec sérieux. Même en dehors des bureaux, il n’hésite pas à prendre ouvertement la parole pour défendre ses idées. En février 2024, il écrit une nouvelle d’une quarantaine de pages, intitulée « Le plein emploi », pour répondre aux mots du Premier ministre Gabriel Attal : « le travail est un devoir ». Dans cette lettre ouverte, il critique ouvertement les dires de l’ancien homme d’État en décrivant un monde d’illibéralisme, où le gouvernement décide que le travail ne peut être associé au plaisir mais à un devoir.
« On est dans l’émotion et plus dans l’information ».
Le rédacteur en chef nous a confié être attristé de voir les médias suivre une presse sensationnaliste. Avec les nouveaux algorithmes, la hiérarchie de l’information est de plus en plus compliquée à distinguer et décrédibilise la presse. « La presse devrait faire son autocritique », maintient-il les sourcils froncés. Il explique que si les gens n’ont plus confiance dans les médias, selon lui, cela découle d’une information traitée pour faire le buzz, et de la formulation de titres sans caractère. « On voit un appauvrissement de la titraille », déplore-t-il. L’essence même du Gorafi est de se baser sur les titres de presse des autres médias ; si ces derniers deviennent plats par conformité à l’Intelligence artificielle du SEO (Ndlr : (Search Engine Optimization ou référencement naturel), le travail des membres de la rédaction se complique.
Le rêve d’une presse traditionnelle sans IA
Attaché à une presse traditionnelle, il ne voit pas d’un bon œil l’association des médias avec l’IA (Ndlr : Intelligence artificielle). « Il faut que la presse s’émancipe de l’IA », affirme le fondateur du Gorafi. Dans une ère où l’intelligence artificielle a la main sur les algorithmes et le recensement des articles, Sébastien Liebus préfère ne pas y toucher. « Au Gorafi, on ne suit pas cette mode », indique le passionné de satire. Convaincu que l’engouement pour la technologie et l’IA s’essoufflera, il reste ferme dans sa volonté de privilégier les fondamentaux du journalisme et de l’écriture plutôt que de s’habituer à ces outils.
Véritable fléau, la fake news envahit depuis quelques années les réseaux sociaux et internet. Pourtant, le créateur du Gorafi est très clair, il est impossible de confondre la fake news avec la satire. « Dans les titres du Gorafi, il n’y a pas d’ambiguïté, il y a toujours un but comique et outrancier, contrairement à la fake news qui est là pour mentir éhontément », répond-il sévèrement. Devenu personnage incontournable de la presse satirique francophone, Sébastien Liebus met son regard critique au service de l’opinion publique pour finalement servir les intérêts du journalisme, avec humour, sarcasme et outrance. Cela même si l’on « finit par ne plus savoir à qui faire confiance, à part le Gorafi », conclut-il dans une pirouette, avec un sourire en coin.
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