Cette tribune (que nous vous partageons ci-dessous) est écrite et proposée par Arnaud Gallais, anthropologue, président de Mouv’Enfants, ancien membre de la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux enfants (CIIVISE). Où qu’il soit, son combat pour l’enfance est intacte, et sa bataille éternelle. Sa proposition aujourd’hui, s’inscrit dans l’agenda du suffrage universel, elle est présentée avec l’ensemble de ses partenaires, et convoque la responsabilité des politiques en les renvoyant à une réalité chiffrée, qu’il faudrait enfin pouvoir regarder en face. Il est urgent d’agir pour la protection des enfants français.
« À l’approche des élections municipales de 2026, une question essentielle mérite d’être posée aux candidates et aux candidats : quelle place les droits des enfants occupent-ils réellement dans les politiques locales ?
Les droits des enfants ne devraient jamais être un slogan de campagne. Ils devraient constituer une véritable obligation politique.
C’est le sens de l’appel que nous avons lancé avec Francesca Pasquini et plus de cinquante associations, afin que les partis politiques demandent à leurs candidats de s’engager à créer une délégation aux droits des enfants dans chaque commune.
Cette mobilisation est aujourd’hui soutenue par une dynamique citoyenne et associative importante, et près de 200 candidates et candidats aux municipales se sont déjà engagés dans cette démarche.
Pourquoi une telle proposition ? Parce que les communes sont au cœur de la vie quotidienne des enfants. Elles gèrent les écoles primaires, les activités périscolaires, les équipements sportifs et culturels, les bibliothèques, les espaces publics ou encore une partie des politiques de prévention. Autrement dit, elles disposent de leviers concrets pour faire vivre les droits des enfants.
Pourtant, dans la plupart des collectivités, ces questions restent fragmentées entre différents services et rarement identifiées comme une politique publique à part entière.
La création d’une délégation municipale aux droits des enfants permettrait justement de donner de la cohérence à ces actions : coordonner les initiatives, rendre visibles les droits des enfants et installer durablement une culture de la protection de l’enfance au niveau local.
L’association Mouv’Enfants propose une Charte aux municipalités
Pour accompagner cette démarche, Mouv’Enfants a élaboré une charte pour les municipales 2026, signée par plus de cent candidates et candidats de tout bord politique. Cette charte propose des engagements concrets afin de décliner les droits des enfants dans les politiques municipales, notamment en matière de prévention des violences sexuelles et de protection.
Car les communes disposent de nombreux moyens d’agir.
Elles peuvent d’abord rendre visibles les droits des enfants. L’affichage public, les campagnes de sensibilisation, la diffusion de la Convention internationale des droits de l’enfant dans les écoles, les centres de loisirs ou les équipements municipaux peuvent contribuer à faire connaître ces droits à l’ensemble de la population.
Les communes peuvent également agir sur les principaux droits reconnus aux enfants.
Le droit à l’égalité, par exemple, implique de lutter contre toutes les formes de discrimination : garantir l’accès aux activités sportives et culturelles pour tous les enfants, soutenir les familles en situation de précarité ou encore veiller à l’accessibilité des équipements pour les enfants en situation de handicap.
Le droit à une identité suppose d’accompagner les familles dans leurs démarches administratives et de veiller à ce que chaque enfant puisse être reconnu et protégé dans ses droits fondamentaux.
Le droit de vivre en famille et d’être entouré implique de développer des politiques de soutien à la parentalité : lieux d’accueil parents-enfants, médiation familiale, espaces de rencontre et dispositifs de prévention.
Le droit à la santé passe notamment par la qualité de la restauration scolaire, la promotion de l’activité physique, la prévention des addictions et la prise en compte de la santé mentale des enfants.
Le droit à l’éducation et aux loisirs est directement lié aux compétences municipales : écoles primaires, bibliothèques, activités culturelles, sportives et périscolaires.
Le droit à la protection contre les violences, notamment les violences sexuelles, exige une vigilance particulière dans tous les lieux fréquentés par les enfants : formation des personnels municipaux, protocoles de signalement, coopération avec les associations spécialisées.
Le droit à la liberté d’expression et à être entendu peut être favorisé par la mise en place de conseils municipaux d’enfants ou par des dispositifs de participation permettant aux plus jeunes de contribuer aux décisions qui les concernent.
Le droit à la vie privée implique de protéger l’intimité des enfants et leurs données dans les espaces numériques, éducatifs et municipaux.
Le droit à un environnement sain concerne l’aménagement des espaces publics, la qualité des aires de jeux, la mobilité ou encore la lutte contre les pollutions.
Enfin, les droits des enfants en situation de handicap exigent des politiques d’accessibilité et d’inclusion dans l’ensemble des activités municipales.
Ces exemples montrent une chose simple : les communes ont un rôle déterminant pour faire vivre les droits des enfants.
Dans un contexte où les violences faites aux enfants restent massives et souvent invisibles, il est temps de franchir une étape supplémentaire.
Les chiffres alarmants de la violence subie par les enfants
Car rappelons-le, en France :
- 1 enfant est victime de violences sexuelles toutes les 3 minutes
- 1 enfant meurt tous les 5 jours sous les coups de ses parents
- 400 000 enfants sont victimes de violences dans le couple
Les droits des enfants ne doivent plus être périphériques.
Ils doivent devenir une boussole pour l’action publique locale.
La création d’une délégation aux droits des enfants dans chaque commune serait un signal politique fort : celui d’une société qui choisit de placer la protection de l’enfance au cœur de ses priorités.
Les municipales de 2026 doivent être l’occasion de franchir ce cap.
Parce que les droits des enfants ne sont pas une option.
Ils doivent être garantis partout, pour toutes et tous. »
Arnaud Gallais, le 11 mars 2026.
Contacts : Association Mouv’enfants
Ouvrage « J’étais un enfant« , publié par Arnaud Gallais aux éditions Flammarion.
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