À l’occasion de l’exposition présentée par Mémoire Magnétique, Marthe Lazarus réunit une quarantaine de photographies, collages, photo-films et expérimentations plastiques qui dessinent, à travers plusieurs temporalités de sa production, les contours d’une œuvre où la mémoire n’est pas un sujet mais une méthode. Séries récentes, travaux plus anciens, œuvres inédites et autoéditions de TIME MACHINE composent un ensemble traversé par une même interrogation : comment habiter un monde dont l’expérience est désormais indissociable du flux continu des images ?
Chez Marthe Lazarus, la photographie cesse d’être un dispositif de captation pour devenir un espace de circulation. Les images ne documentent pas ; elles migrent. Elles se déplacent entre le vécu et le fantasme, entre l’archive personnelle et l’iconosphère numérique, entre ce qui a été vu et ce qui a été rêvé. L’artiste travaille moins sur la mémoire que depuis la mémoire, dans ses défaillances, ses rémanences et ses incessantes recompositions. Autoportraits, portraits de proches, archives intimes, captures d’écran, images collectées sur Internet et mises en scène constituent une matière visuelle instable où chaque image semble contenir le souvenir d’une autre. Le passé n’y apparaît jamais comme un territoire figé mais comme une substance vivante, constamment réécrite par le regard.
« J’ai besoin que mes images soient traversées par plusieurs couches, comme notre cerveau l’est en permanence par les souvenirs, les pensées et les images mentales. »
Marthe Lazarus
Marthe Lazarus, ou la stratigraphies de l’intime
Cette déclaration pourrait constituer le manifeste silencieux de son œuvre. Ce qui intéresse Marthe Lazarus n’est pas l’image isolée mais son épaisseur. Ses collages, montages photographiques, interventions plastiques et photo-films cherchent à restituer la densité psychique de notre rapport au réel. Là où la photographie a longtemps revendiqué une fonction de preuve, elle explore sa capacité à accueillir l’incertain, le fragmentaire et le contradictoire.
Ses œuvres ressemblent à des surfaces de rémanence où se déposent les sédiments du temps. Elles fonctionnent comme des cartographies mentales dans lesquelles souvenirs, affects et projections imaginaires se superposent jusqu’à devenir indissociables. L’image devient alors moins un document qu’un lieu de transformation, un espace où l’expérience continue de travailler la matière visuelle bien après sa disparition.
Time Machine : une archéologie du flux
Cette réflexion trouve une forme particulièrement aboutie dans TIME MACHINE, projet évolutif dont le titre renvoie autant à la fiction qu’au système de sauvegarde développé par Apple. La référence est essentielle. Car l’œuvre de Marthe Lazarus se situe précisément au point de friction entre mémoire humaine et mémoire numérique. À mesure que les technologies promettent l’archivage intégral de nos existences, l’artiste met en lumière un paradoxe contemporain : jamais nous n’avons autant conservé d’images, jamais leur disparition symbolique n’a été aussi rapide.
À travers ses autoéditions imprimées artisanalement, elle collecte, archive et réorganise une partie du flux visuel qui traverse nos vies. Mais loin de produire un inventaire du monde, elle fabrique des contre-archives. Ses publications ne cherchent pas à préserver les faits ; elles enregistrent les traces émotionnelles laissées par leur circulation. Chaque volume apparaît ainsi comme un disque dur poétique où la mémoire individuelle rencontre l’inconscient collectif des réseaux.
Résister à la simplification du monde
À l’heure où les algorithmes organisent notre rapport au visible, où les images sont produites, consommées et oubliées à une vitesse inédite, Marthe Lazarus développe une pratique qui s’inscrit à rebours des logiques dominantes. Ses œuvres refusent la lisibilité immédiate, la transparence et l’efficacité auxquelles nous sommes désormais habitués. Elles privilégient la contamination plutôt que la classification, l’ambiguïté plutôt que la certitude, le doute plutôt que l’évidence.
Cette posture trouve un écho particulier dans l’exposition (DÉ)GÉNÉRÉ(E)S, présentée dans le cadre du Festival OFF d’Arles 2026. Face aux nouvelles formes de normalisation esthétique, sociale ou algorithmique, son travail affirme la nécessité des formes hybrides, impures et indisciplinées. Les images de Marthe Lazarus ne cherchent jamais à résoudre les contradictions ; elles les maintiennent ouvertes.
Ce que les images continuent de penser
Il existe dans son œuvre une conviction discrète mais fondamentale : les images possèdent une vie propre. Elles survivent à leur contexte d’origine, se transforment au fil des usages, se chargent d’affects nouveaux et produisent des récits imprévus. Loin de toute nostalgie, Marthe Lazarus interroge ce que signifie se souvenir dans une civilisation saturée de représentations.
Son travail nous rappelle que la mémoire n’est pas un archivage mais une invention permanente, que voir n’est jamais un acte neutre et que les images façonnent autant notre perception du monde qu’elles en conservent la trace. Chaque œuvre devient alors un organisme vivant, traversé par des temporalités multiples. Un lieu où l’intime rencontre l’histoire collective. Un territoire où le temps se plisse, où les récits se contaminent et où subsiste, malgré le vacarme du flux contemporain, la possibilité d’une expérience sensible du regard.
INFORMATIONS PRATIQUES
Exposition Photographies Marthe Lazarus – Paris Montparnasse
– Jusqu’au au 05 septembre, du mardi au samedi de 14h00 à 18h00
L’artiste sera présente le samedi (en dehors des samedi 11 et 25 juillet), les 15 ,16 et 17 juillet et sur rendez-vous. Fermé les jours fériés et du 25 juillet au 25 août
Lieu :
Villa Vassilieff / chemin du Montparnasse.
Entrée par le 21 avenue du Maine au pied du métro Montparnasse
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Exposition collective / lazarus / Photographie générée et dégénérée / ARLES.
– du 8 au 26 juillet 2026, du mercredi au dimanche de 15h à 20h. Présence des artistes sur la semaine professionnelle des Rencontres.
Vernissage le vendredi 10 juillet à 17h00.
Lieu :
– Étoile de la Roquette, 20 rue Genive, Arles
– Y accéder : Goetz Adam propriétaire de l’Étoile de la Roquette a le plaisir d’ouvrir les portes de ce lieu atypique à l’occasion des festivals arlésiens pour accueillir généreusement des expositions. Ce n’est pas un « white cube », il est chargé d’histoires et a notamment vu grandir Lucien Clergue en ses murs. Maison typique arlésienne, elle se déploie sur trois niveaux et est située au cœur du quartier de la roquette à Arles.
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