La Liste vient de dévoiler ses Prix Spéciaux Pâtisserie & Boulangerie 2026, lors d’une Garden Party organisée aux Jardins des Invalides à Paris. Parmi les distinctions les plus attendues de cette sixième édition, celle du Chef Pâtissier le Plus Créatif du Monde — sponsorisée par Cacao Barry — marque un tournant inédit dans l’histoire du guide.
Eunyoung Yun, première cheffe asiatique à décrocher le titre suprême de la créativité

C’est à Séoul, au sein de sa pâtisserie Garuharu, qu’Eunyoung Yun construit depuis plusieurs années un univers pâtissier à nul autre pareil. Récompensée cette année par le Prix du Chef Pâtissier le Plus Créatif du Monde, la cheffe coréenne entre dans l’histoire : elle est la première personnalité asiatique à recevoir cette distinction depuis sa création. Avant elle, le prix avait notamment couronné des figures comme Amaury Guichon, Bastien Blanc-Tailleur ou encore Maxime Frédéric — tous représentants d’une tradition pâtissière à dominante européenne. La reconnaissance d’Eunyoung Yun signale bien plus qu’un palmarès individuel. Elle traduit une réalité désormais indéniable : l’Asie s’est imposée comme l’un des moteurs les plus puissants de la pâtisserie contemporaine mondiale.
La Corée du Sud, le Japon, Singapour et plusieurs autres marchés asiatiques exercent une influence croissante sur les grandes tendances du secteur — en matière d’esthétique, de technique, d’équilibre des saveurs et d’innovation conceptuelle. Garuharu en est aujourd’hui l’une des vitrines les plus éloquentes.
Un palmarès 2026 qui redessine la carte mondiale de l’excellence sucrée
Au-delà de cette distinction historique, La Liste a récompensé 36 établissements dans 18 pays, offrant un panorama riche et nuancé de ce que la pâtisserie et la boulangerie ont de mieux à offrir à l’échelle planétaire.
La boulangerie artisanale fait son entrée officielle. Cette édition 2026 acte l’intégration de la boulangerie dans la sélection internationale, désormais réunie sous la signature « The World’s Best Pastry & Bakery Shops ». Douze des trente-six lauréats sont des boulangers ou des établissements avant tout reconnus pour leur travail du pain — un signal fort de la montée en prestige de ce métier.
Parmi les autres prix notables :
Prix Pâtisserie du Rayonnement — attribué à Frédéric Bau (France), pour l’ensemble d’une carrière ayant profondément influencé la pâtisserie internationale à travers la création, la transmission et la formation.
Prix de la Meilleure Pâtisserie du Monde — décerné à Pierre Hermé Paris, pour son nouveau flagship à Sentosa, Singapour, salué pour son concept unique et son expérience sucrée d’exception.
Prix du Meilleur Afternoon Tea du Monde — partagé entre le Four Seasons Hotel George V à Paris (Michael Bartocetti) et Jacqueline at the Chancery Rosewood à Londres (Marius Dufay).
Prix Pâtisserie du Changement — remis à Will Goldfarb de Room 4 Dessert à Bali (Indonésie), pour son impact sur le secteur par l’innovation et la transmission.
Prix Boulangerie de l’Innovation — attribué à Richard Hart (Hart Bageri à Copenhague, Claridge’s Bakery à Londres) et Thomas Teffri-Chambelland (École Internationale de Boulangerie, Chambelland, La Fabrique à pain…), deux figures qui réinventent les modèles de développement en boulangerie.
Prix de l’Authenticité et de l’Artisanat — pour Maison Bonnat (Stéphane Bonnat, Voiron) et Caffè Sicilia (Corrado Assenza, Noto, Italie), deux maisons qui incarnent la transmission du patrimoine culinaire régional.
Prix de la Responsabilité Éthique et Environnementale — décerné à Mamiche (Cécile Khayat & Victoria Effantin, Paris) et Joseph Brot (Josef Weghaupt, Vienne).
Prix de la Solidarité — attribué à Shanghai Young Bakers (Shanghai, Chine), organisation formant de jeunes adultes défavorisés aux métiers de la boulangerie et de la pâtisserie.
Côté Meilleures Ouvertures de l’Année, on retiendra notamment Le Café by Nicolas Rouzaud à Londres, Maison Devoille à Dubaï, Blue Box Café by Natsuko Shoji à Tokyo — et pour la France : L’Okara (Linda Vongdara, Brunoy), Pâtisserie Toshiya Takatsuka (Paris), Le Salon de thé, Le Chambard (Kaysersberg), Du Pain et des Miettes (Bonnieux) et Thomas Dura Pâtisserie (Ecully).
Tendances mondiales 2026 : entre élégance asiatique, monoculture et art de l’illusion
À l’occasion de cette édition, La Liste publie également son Observatoire de la Pâtisserie et de la Boulangerie, un état des lieux approfondi du secteur. Six grandes dynamiques s’en dégagent.
La pâtisserie, premier langage culinaire premium sans frontières
Là où la gastronomie savoureuse continue de revendiquer ses racines, son terroir, ses identités régionales, la pâtisserie s’est progressivement affranchie de la géographie. Les tendances sucrées circulent désormais à l’échelle planétaire en quelques semaines, indépendamment de leur pays d’origine. Un croissant à Séoul peut aujourd’hui ressembler — et goûter — exactement comme son homologue parisien. Le pain, lui, a suivi la trajectoire inverse : plus la pâtisserie se mondialise, plus le pain artisanal se fait local, enraciné dans les variétés de céréales, les traditions meunières et les cultures de fermentation propres à chaque territoire.
La symbiose franco-asiatique, désormais structurelle
Ce qui relevait jadis du mouvement de niche est devenu une constante créative de notre époque. La rencontre entre la rigueur de l’école française et les sensibilités gustatives d’Asie orientale — japonaises, coréennes, thaïlandaises, chinoises — n’est plus une simple touche décorative. Elle constitue une réforme en profondeur de nombreuses recettes classiques. Matcha, yuzu, sésame noir torréfié, miso : ces ingrédients ne sont plus convoqués pour leur exotisme, mais pour leur capacité à équilibrer richesse des crèmes et feuilletages, à apporter amertume, acidité ou umami là où la pâtisserie européenne tendait à saturer de sucre.
L’exportation moyen-orientale : de la pistache au kadaïf
Pendant des générations, l’influence culinaire ne circulait que dans un sens : la France exportait ses techniques, le monde les adoptait. Aujourd’hui, le Moyen-Orient inverse progressivement cette dynamique. La pistache occupe désormais dans la pâtisserie de luxe une place comparable à celle que détenait autrefois la vanille. Le kadaïf, popularisé par le phénomène viral du « chocolat de Dubaï », a largement dépassé ses racines régionales : de Londres à Tokyo, les pâtissiers l’incorporent dans pralinés, fonds de tartes et garnitures chocolatées pour un croustillant qu’aucune technologie industrielle ne reproduit aisément.
Le mirage visuel : quand l’algorithme dicte la créativité
La promesse que « la texture est la nouvelle saveur » a engendré une demande massive pour les contrastes physiques extrêmes. Pour répondre aux exigences des réseaux sociaux — glaçages parfaitement lisses, couleurs éclatantes, croustillants prolongés — une partie du monde pâtissier a silencieusement adopté les outils de la chimie alimentaire : stabilisants, amidons modifiés, colorants artificiels, arômes liquides. Dans certains concepts conçus avant tout pour leur impact visuel, c’est la complexité aromatique qui en fait les frais. L’économie de la visibilité numérique récompense de plus en plus l’impact visuel au détriment du goût.
La nouvelle vague boulangère : pain, levain et prestige culturel
Il y a vingt-cinq ans, les céréales biologiques, la mouture sur pierre et les fermentations naturelles évoquaient des communautés alternatives. Aujourd’hui, ils occupent le sommet de la hiérarchie gastronomique. Les grands boulangers sont devenus des figures culturelles à part entière. Des pains qui auraient autrefois été considérés comme de simples aliments du quotidien se vendent désormais couramment à plus de 10 dollars le kilo. Le pain est devenu un objet gastronomique — dans certains restaurants comme JAN à Munich, il est servi non plus en accompagnement mais comme un véritable plat en soi. Derrière cette renaissance culturelle se cache aussi une réalité économique : le pain reste l’un des produits les plus rentables d’une boutique, à l’heure où viennoiseries riches et pâtisseries élaborées subissent la volatilité des matières premières.
L’« hollywoodisation » de la pâtisserie : l’optimisation contre l’invention
La tendance la plus déterminante de notre époque n’est peut-être pas un produit, mais un phénomène culturel. Comparé au paysage des années 1990-2015 — celui de Pierre Hermé, Sadaharu Aoki, Jordi Roca ou Paco Torreblanca, qui inventaient de nouvelles architectures pâtissières —, le marché mondial reproduit aujourd’hui ce que Hollywood fait depuis des décennies : moins d’invention véritable, davantage d’optimisation d’archétypes culturels déjà éprouvés. Croissants cubiques, flans premium, cheesecakes réinventés, madeleines garnies, cookies géants au chocolat de Dubaï : le produit le plus facile à diffuser n’est généralement pas le plus original, mais celui que le consommateur reconnaît instantanément. La pâtisserie mondiale a acquis une efficacité commerciale sans précédent — au prix d’une partie de son esprit révolutionnaire.
La voix de La Liste
Philippe Faure, Président fondateur de La Liste, résume l’ambition du guide : « Depuis sa création, La Liste poursuit une ambition simple : offrir une vision mondiale, équilibrée et ouverte de l’excellence. À une époque où les opinions se fragmentent et où les points de vue se multiplient, nous demeurons convaincus de la valeur du consensus. En réunissant les évaluations des guides, des critiques, des experts et des clients du monde entier, La Liste propose un repère international unique, tout en respectant la richesse et la diversité des cultures gastronomiques. »
La Liste référence aujourd’hui plus de 35 000 restaurants, 3 000 pâtisseries et 7 000 hôtels dans plus de 200 pays. Sa prochaine grande cérémonie annuelle — révélant le Top 1 000 des Meilleurs Restaurants du Monde pour 2027 — est prévue le 23 novembre 2026 à Paris, à l’occasion des 10 ans du guide.
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