Yves Saint Laurent and Photography, l’exposition événement de la saison estivale à l’International Center of Photography (ICP), à New York, met en lumière la maîtrise du médium par le couturier et souligne l’impact culturel de ses images de mode et ses campagnes publicitaires.
Fondé en 1974 par Cornell Capa – frère du légendaire photoreporter Robert Capa, cofondateur de l’agence Magnum Photos – afin de défendre ce qu’il appelait la concerned photography (“photographie engagée”, sociale et politique), le Centre International de la Photographie (ICP) est aujourd’hui l’institution de référence consacrée à la photographie et à la culture visuelle à New York. Doté d’un musée et d’une école dans le Lower East Side, l’ICP a pour mission de sensibiliser le public au pouvoir des images.
La mode, miroir de mutations culturelles
À première vue, les 300 œuvres et documents d’archives de Yves Saint Laurent et la Photographie, des créations de haute couture sublimées par les légendes du huitième art aux polaroïds immortalisant les coulisses des défilés, semblent bien éloignés de la photographie engagée de Cornell Capa. Pourtant, au fil des clichés iconiques accrochés aux murs et des images de publicité gravées dans notre mémoire collective, se révèle l’usage constant et parfaitement maîtrisé de l’objectif par Yves Saint Laurent, pour construire son image de marque tout en contribuant à faire évoluer les normes sociales.
Dès ses débuts, le couturier choisit de travailler avec les grands noms de la photographie afin de façonner son propre mythe. Son portrait réalisé par Irving Penn, alors qu’il n’a que 21 ans – et vient d’être nommé à la tête de la maison Dior, après la mort de Christian Dior en 1957 – en est une illustration emblématique. L’exposition nous offre un panorama de plus de 40 ans d’histoire de la mode et de la photo avec Richard Avedon, Cecil Beaton, Robert Doisneau, Horst P. Horst, William Klein, Annie Leibovitz, Helmut Newton, Bettina Rheims, ou encore Andy Warhol.
Après avoir fondé sa propre maison en 1961 avec son compagnon et associé Pierre Bergé, Saint Laurent continue d’exploiter le pouvoir de l’image pour repousser les limites de l’acceptable, notamment en matière de codes de genre. Le lancement du premier smoking féminin en 1966 qui a ouvert la voie au tailleur pantalon pour des générations de femmes au bureau, son propre nu photographié par Jeanloup Sieff pour une publicité de parfum ou encore la place qu’il accorde à des mannequins aux profils éloignés des canons dominants témoignent de cette volonté de bousculer les repères sociaux. “Ce que je veux? Choquer les gens, les forcer à réfléchir”, déclarait-il à propos de sa collection controversée “Libération” en 1971. Au-delà d’une campagne marketing, l’image de mode devient chez lui un levier d’évolution culturelle.
Septembre 1975 © Helmut Newton Foundation, courtesy Helmut Newton Foundation and
Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent
Des “polas” d’Yves Saint Laurent, au papier glacé
Une soixantaine d’images du couturier et de ses créations tracent sa carrière de 1955 à 2002 tout en incarnant singulièrement l’esprit des années 60, 70, 80 et 90. L’exposition nous entraîne ensuite dans les coulisses de la fabrication et la promotion de collections. Cette seconde section rassemble plus de 200 objets : photos personnelles, correspondance privée, coupures de magazines, croquis, planches de contact, catalogues et polaroids backstage.
Laurent
Ces “polas”, annotés du numéro de passage et du prénom du mannequin et étape essentielle dans la préparation des défilés, captent le look complet de chaque tenue, avec bijoux et parures de tête. Sur un pan de mur, on retrouve ainsi des instantanés de Mounia, Carla, Naomi, Jerry, Iman ou Laetitia.
Art et mode, mode et culture
Le dialogue entre la mode et l’art est à la fois source d’inspiration et territoire d’expérimentation pour Yves Saint Laurent. Un montage vidéo met en lumière ses collections-hommages – célébrant Matisse, Van Gogh, Braque, Bonnard, Gauguin, Goya, Picasso ou Léger – présentées aux côtés de ses silhouettes cultes inspirées de Mondrian et du Pop Art ou encore de la culture Bambara en 1967 et d’Aragon et Shakespeare en 1980.
Inversement, le couturier marque de sa griffe le monde de la scène et du cinéma. Il conçoit des costumes pour l’Opéra de Paris et les ballets de Roland Petit, insuffle une esthétique visuelle aux spectacles de Zizi Jeanmaire, Johnny Hallyday, ou Mick Jagger et habille les actrices à la ville comme à l’écran, de sa muse Catherine Deneuve à Claudia Cardinale en passant par Jean Seberg. Fusionnant mode et culture tout en bouleversant les conventions, Saint Laurent a dépassé les frontières de la couture pour s’ancrer dans l’imaginaire collectif de plusieurs générations.
Novembre 1984 © Dominique Issermann © Yves Saint Laurent
French touch à l’International Center of Photography
Organisée sous le commissariat de Simon Baker, historien de la photographie, en collaboration avec Nastasia Alberti et Clémentine Cuinet du Musée Yves Saint Laurent Paris avec la Fondation Pierre Bergé -Yves Saint Laurent, cette expositionn’est pas la première coopération entre l’ICP et des institutions françaises.
En début d’année, le musée avait déjà consacré une exposition à Eugène Atget, photographe français du 19e siècle. Le programme Latitudes, soutenant des photographes sous-représentés, mené avec la Fondation d’entreprise Hermès et la Fondation Henri Cartier-Bresson, illustre également ce dialogue transatlantique.
Yves Saint Laurent and Photography jusqu’au 28 septembre 2026 à l’International Center of Photography, 84 Ludlow Street, New York, NY 10002
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