Fondé le 15 janvier 1826, Le Figaro célébrait ses 200 ans au Grand Palais. Pour marquer cet anniversaire historique, le plus vieux quotidien de France a vu grand. Pendant trois jours, du 14 au 16 janvier, le journal a investi le musée et ses verrières flambant neuves avec un programme dense mêlant expositions, conférences et concert exclusif de Patrick Bruel.
Dès l’ouverture, le 15 janvier à 14 heures, une longue file d’attente s’étirait devant le Grand Palais. Le public est au rendez-vous. À l’entrée, une statue monumentale de 840 kilos accueille les visiteurs. Elle rend hommage à Beaumarchais, figure tutélaire du journal. Un écrivain connu pour son franc-parler, symbole de la liberté d’expression, valeur fondatrice du Figaro, rappelée par sa devise : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. »
Une installation en agora prend l’aile du bâtiment, on découvre une scène qui accueille 400 places, toutes occupées. La foule se faufile, la capacité est saturée. Certains spectateurs s’installent à même le sol, ou sur les marches. Le photographe Emanuele Scorcelletti échange avec le maître de cérémonie. Il revient sur l’une de ses images les plus emblématiques, publiée dans Le Figaro Magazine, La Face cachée de Cannes. Il raconte la genèse de la photographie mythique de Sharon Stone, bras levé. Affaiblie par des problèmes de santé et déconseillée de venir, l’actrice avait pourtant tenu à monter les marches. Convaincue qu’il s’agirait de son dernier festival, elle avait levé le bras en signe d’adieu. Un instant devenu symbolique. Emanuele Scorcelletti évoque aussi l’évolution de son métier, entre proximité avec les stars et méfiance accrue à l’ère des smartphones et des réseaux sociaux.
Des conférences poignantes, un public captif
« J’assisterai au décès du jeune garçon quelques minutes plus tard », s’exprime ensuite la voix nouée le photographe reporter de guerre, Noël Quidu. Sur l’écran derrière lui, l’image de cet enfant touché par balles qui continue à le hanté des années après. Un silence s’installe dans le public. Il souligne la dangerosité de son métier, mais aussi son caractère indispensable. Les échanges s’enchaînent.
La conférence animée par Nadjet Cherigui et Noël Quidu captive à nouveau l’auditoire. Leur reportage d’enquête, Dans la peau d’un flic de la BAC, consacré aux policiers de Trappes, plonge le public au cœur du terrain. Le temps manque pour les questions. La salle est rapidement vidée par les organisateurs pour préparer la séquence suivante.

En pleine semaine, la célébration ne pouvait réunir tous les actifs. La sociologie du public reflète une partie identifiable du lectorat du Figaro : des retraités, lecteurs fidèles du quotidien, mais aussi des élèves et des étudiants, souvent accompagnés de leurs enseignants. Le Figaro reste aujourd’hui la marque de presse la plus lue par les cadres et les dirigeants selon l’étude OneNext Influence réalisée par l’ACPM en 2024, un lectorat attaché à l’analyse, au débat et au grand reportage. Le choix des intervenants de la programmation n’est pas anodin, il s’inscrit dans cette identité.
L’émotion palpable des fans de Patrick Bruel
Parmi les temps forts de l’événement, un live très attendu attire une foule compacte. L’attente est longue. Dans le mouvement, une femme fait un malaise. Deux minutes plus tard, elle revient à sa place : hors de question pour elle de manquer le concert. Certains spectateurs l’avouent sans détour : ils sont venus uniquement pour ce moment. Un fan-club, placé au premier rang par l’organisation, donne le ton. La présence de Patrick Bruel répond à la même logique. À soixante six-ans, l’artiste touche en priorité un public de plus de 40 ans, marqué par la « Bruelmania » du début des années 1980. Mais son répertoire continue aussi de séduire des générations plus jeunes, qui découvrent ses chansons par transmission familiale. Un lien intergénérationnel assumé, à l’image du public réuni pour les 200 ans d’un journal qui cherche, lui aussi, à attirer les lecteurs de demain. Guitare à la main, sourire aux lèvres, Patrick Bruel fait son entrée Alors regarde commence-t-il complice. L’ambiance devient immédiatement intime et chaleureuse. Il enchaîne les titres emblématiques. On s’était dit rendez-vous dans dix ans devient rendez-vous dans 200 ans, clin d’œil au bicentenaire du journal. Place des grands hommes résonne comme un hommage au Figaro. Casser la voix s’impose, incontournable.

Mains levées, sourires, paroles reprises en chœur : le public connaît l’artiste par cœur. À l’entracte, une animatrice mène une interview décontractée. Patrick Bruel annonce une prochaine tournée. Il partage aussi son plus beau souvenir de scène : un concert sous la pluie dans les plaines de Montréal, qu’il qualifie d’inattendu et humain.
Un clip de son fils projeté. Le chanteur affiche sa fierté pour ses deux enfants, évoquant également son aîné, neuroscientifique. « Ils tiennent de leur mère », glisse-t-il avec humour, en référence à Amanda Sthers, écrivaine, avec laquelle il s’est marié en 2003 avant de divorcer en 2007.Le concert se poursuit avec L’Instit, un titre dans lequel l’artiste salue « le plus beau métier du monde ». Il y rend hommage à sa mère, institutrice qui l’a élevé seul, ainsi qu’à l’ensemble du corps enseignant.
Il sera au Théâtre Edouard VII à partir du 27 janvier, avec la pièce « Deuxième partie ». La nouvelle pièce de Samuel Benchetrit avec Patrick Bruel, Stéphane Freiss et Marine Delterme, raconte l’histoire de Carole et Stéphane, mariés depuis trente ans, qui voient leur routine bouleversée par l’arrivée de Pierre Kraft. Ils ne le connaissent pas, mais lui, les connaît par cœur…
