Dans l’intimité champenoise du 4 rue des Crayères à Reims, là où le chardonnay s’épanouit en silence depuis près de trois siècles, une nouvelle résonance s’invite dans les crayères millénaires. La Maison Ruinart, pionnière des « Conversations with Nature », confie sa carte blanche 2026 à l’artiste japonais Tadashi Kawamata, dont la pratique singulière mêle art, architecture et environnement dans une esthétique fragile et sensuelle.
À presque 73 ans, Kawamata explore les frontières entre l’espace naturel et construit, insufflant dans chacune de ses œuvres une dualité fascinante : la solidité apparente du bois — matériau humble — et la fragilité intrinsèque de toute construction humaine. Pour Ruinart, ce dialogue devient une invitation à percevoir la Champagne autrement : non plus simplement comme un terroir d’exception, mais comme un paysage vivant, soumis aux forces subtiles de la lumière, du vent, de la brume et du temps.
Ce printemps, trois installations inédites — Cabane, Nid et Observatoire — s’installent au cœur du domaine rémois. Erigées en bois réemployé, elles prennent la forme d’abris, d’ascensions et de refuges suspendus entre ciel et vignes. À travers eux, Kawamata propose aux visiteurs de changer d’échelle et de regard : grimper, observer, ressentir l’alchimie des saisons, les variations de la lumière, l’humidité de l’air champenois, la respiration du paysage. Ce rapport au vivant, presque sensoriel, est au cœur de son travail et se fait écho à la quête de Ruinart pour une compréhension plus profonde du monde naturel.
Né en 1953 à Hokkaidō et partagé entre Tokyo et Paris, Tadashi Kawamata s’est imposé depuis les années 1980 comme l’un des maîtres des installations in situ. Son langage plastique — fait de bois, de matériaux récupérés, de structures éphémères — déconstruit la notion d’architecture pour la réinventer. Chez lui, une « cabane » devient une métaphore de l’abri, un « nid » un lieu de protection contre l’imprévisible, et un « observatoire » un point de méditation sur notre place dans l’univers.

Cette collaboration, pensée en résonance avec la biodiversité champenoise, prolonge l’ambition de Ruinart d’ouvrir ses portes à l’art vivant, en symbiose avec la nature. Au-delà de la simple exposition, il s’agit d’une expérience immersive, un parcours poétique où se mêlent contemplation, héritage ancien et création contemporaine. C’est un art qui respire, change, se patine comme les vignobles qui l’entourent — un art vivant, tout comme cette terre champenoise que Ruinart célèbre depuis plus de 290 ans.

