La Cinémathèque française consacre une exposition d’envergure à Marilyn Monroe jusqu’au 26 juillet 2026, sa silhouette en sablier, ce blond oxygéné qui semble absorber toute la lumière du Technicolor, son rire perlé qui masquait, disait-on, une fragilité de porcelaine. Pourtant, à l’aube de son centenaire, des décennies après sa mort, Marilyn Monroe demeure l’énigme la plus lucrative et la plus mal comprise de l’histoire du cinéma. Et si l’on pense la connaître par cœur, il est temps de briser le vernis de la « blonde idiote » pour découvrir l’artisane acharnée, la stratège politique et l’actrice qui a inventé une nouvelle forme de présence au monde.
Le drame de Marilyn Monroe ne fut pas seulement sa disparition prématurée à 36 ans, mais le déni systématique de son talent par ses contemporains. « Elle ne jouait pas », disait John Huston ; « Elle était simplement elle-même », renchérissait Arthur Miller. En abolissant la frontière entre l’être et l’incarner, la critique de l’époque a commis une erreur fondamentale : elle a pris la perfection du résultat pour une absence de méthode. Pour beaucoup, ses rôles n’étaient que le reflet de névroses ou d’états émotionnels bruts, plutôt que le fruit d’une profondeur psychologique travaillée.
L’exposition, orchestrée par la commissaire Florence Tissot, remet précisément le travail d’interprétation au centre de son destin. On y découvre une Monroe studieuse, hantant les couloirs de l’Actors Studio, préparant ses rôles avec une rigueur quasi obsessionnelle aux côtés de sa coach Natasha Lytess. Marilyn ne « posait » pas ; elle composait. Que ce soit dans les nuances dramatiques de Quand la ville dort (1950) ou dans la précision millimétrée de ses comédies, elle déployait une palette d’émotions bien plus vaste que celle de ses partenaires, souvent éclipsés par sa seule présence. Elle était l’architecte de sa propre lumière, une ouvrière du rêve capable de transformer un mélodrame à la Cendrillon, entre orphelinats et familles d’accueil, en un empire.
La revanche d’une blonde : une icône politique
Il y a quelque chose de profondément moderne dans la trajectoire de celle qui s’appelait encore Norma Jeane Mortenson, à ses débuts. Bien avant les mouvements de libération contemporains, Monroe a affronté l’impitoyable système des studios hollywoodiens. Elle fut l’une des premières à comprendre que son image était un capital. À l’âge de 27 ans, alors qu’elle générait déjà des millions de dollars pour la Fox, elle a entamé une longue bataille juridique et médiatique pour être mieux respectée.
En 1954, elle engage une lutte frontale avec la Twentieth Century Fox, quitte la Californie pour New York et fonde sa propre société de production. Elle ne voulait plus être un produit de consommation, mais une créatrice capable de choisir des rôles complexes comme ceux de Bus Stop, à contre-pied de son glamour habituel. Cette tension entre le symbole — cette « Mmm Girl » façonnée par les départements marketing — et la femme aspirant à l’indépendance est le fil rouge de l’événement à la Cinémathèque. L’exposition nous confronte à nos propres croyances : pourquoi avons-nous eu besoin de la voir comme une victime ou une personnalité « borderline » plutôt qu’une résistante ?
Une scénographie entre opulence et introspection
Pour célébrer ce centenaire, la Cinémathèque ne se contente pas d’aligner des costumes iconiques, bien que la célèbre robe blanche de Sept ans de réflexion soit présente pour rappeler son pouvoir sur la censure de l’époque. Le parcours propose une immersion dans l’opulence visuelle des années 50. Ce choix scénographique souligne l’influence de Monroe sur la pop culture, de Madonna à Beyoncé, et jusqu’aux scènes drag contemporaines.
Une rétrospective intégrale s’est déroulée du 8 avril au 24 mai, des conférences sur son rapport au CinéScope ou ses écoles de jeu, et des soirées thématiques inédites, la « Soirée Poupoupidou » le 23 mai pour la Nuit des Musées, où le collectif des Screen Queens a fait revivre son aura à travers des performances drag, tandis que la classe de jazz vocal du Conservatoire Charles Münch reprenait ses airs inoubliables.
L’implication de la nouvelle génération est également centrale avec les « Jeudis Jeunes », parrainés par l’actrice Oulaya Amamra. Pour elle, Marilyn est cette « contradiction fascinante » qui a passé sa vie à essayer d’exister au-delà de son image. C’est une Marilyn vivante, multiple et résolument ancrée dans le XXIe siècle que l’on nous invite à rencontrer, une figure qui résonne avec les questionnements actuels sur l’hypersexualisation et la lutte contre une industrie patriarcale.
L’intimité de l’écran : le rendez-vous sur Arte.tv
Si la Cinémathèque offre l’espace à la réflexion, Arte prolonge cette célébration par la puissance du documentaire. Pour accompagner cet anniversaire, la chaîne propose une immersion nécessaire dans la complexité de la star à voir et revoir sur la plateforme Arte.tv.
Le chef-d’œuvre de Billy Wilder, Sept ans de réflexion (1955), satire du mâle américain où Monroe, loin d’être une simple tentation, déploie un génie comique qui frise l’abstraction. Mais également le trésor de cette programmation avec la série documentaire inédite de Ian Ayres, Marilyn Monroe, la célébrité à tout prix.
À travers trois épisodes nourris d’archives rares et d’extraits de films, ce portrait exhaustif lève le voile sur des facettes méconnues. On y découvre notamment la rigueur avec laquelle elle préparait ses rôles aux côtés de Natasha Lytess, sa coach à la fois autoritaire et maternante. Le réalisateur éclaire la personnalité complexe de la star à travers des témoignages inédits de ses proches, notamment de sa sœur adoptive et de Tony Curtis. C’est le complément parfait à l’exposition parisienne : là où la Cinémathèque « expose » l’actrice, la chaîne Arte « éclaire » la femme, nous permettant de saisir, entre deux éclats de projecteurs, le rayonnement d’une interprête qui n’a jamais fini de nous parler.
En 2026, Marilyn Monroe n’a plus besoin de nous pour être une star ; elle est déjà un capital fructueux détenu par des holdings et des collectionneurs. Elle nous attend simplement pour être enfin regardée comme elle l’a toujours voulu : comme une artiste.
INFORMATIONS PRATIQUES :
Le catalogue, Marilyn Monroe : Sous la direction de Florence Tissot, le premier recueil d’essais en langue française consacré à la comédienne et dont l’iconographie met en valeur son exceptionnelle photogénie, tout en contribuant à repositionner la vision que nous avons de l’actrice.
296 pages – 40 € GrandPalaisRmnÉditions
HORAIRES : Lu, Me à Ve : 12h-19h
WE, vacances scolaires et jours fériés : 11h-20h. Fermeture les mardis et le 1er mai. Nocturnes gratuites réservées aux 18-25 ans le 2e jeudi du mois jusqu’à 21h, sur inscription
TARIFS : PT 14 € / TR et 18-25 ans 11 € / – de 18 ans 7 € / Libre Pass : accès libre
VISITES GUIDÉES Les samedis et dimanches à 16h30
DANS NOS SALLES
Rétrospective intégrale Marilyn Monroe du 8 avril au 24 mai. Puis, projections tous les week-ends.
CONFÉRENCE
« Marilyn Monroe et le CinémaScope » par Kira Kitsopanidou Vendredi 5 juin à 17h
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