Jamais là où on l’attend, l’actrice charismatique s’est récemment investie à l’intersection du cinéma et de la santé mentale, A l’occasion du Festival Cinopsy’s organisé à Bordeaux (33), où le 7ème Art est devenu vecteur de réflexion, de sensibilisation et de dialogue. En tant que marraine de cette initiative, Catherine Marchal a pu apporter un regard éclairé sur la manière dont le cinéma peut accompagner la résilience, susciter des émotions profondes et ouvrir la parole là où les mots se font parfois rares. Dans cette interview, elle explore le pouvoir thérapeutique de l’écran, la place de l’humour et de la tragédie dans nos vies, et la manière dont les films peuvent devenir des instruments de compréhension et d’humanité.
LCV Magazine : Le cinéma peut-il révéler ce que les mots, en psychothérapie, peinent à exprimer ?
Catherine Marchal : Je dois avouer que mes connaissances en psychothérapie restent limitées. Cependant, je crois fermement qu’il existe toujours un mot juste pour nommer chaque souffrance ; le défi réside davantage dans l’audace de le prononcer. Le cinéma, la littérature et l’art en général peuvent servir de passerelle, lorsque le poids de la parole devient trop lourd ou douloureux.
Peut-on renforcer sa résilience en s’identifiant à un personnage à l’écran ?
C.M. : Le cinéma, qu’il soit sur grand ou petit écran, joue souvent ce rôle de béquille émotionnelle. S’identifier à un personnage traversant des épreuves similaires aux nôtres peut offrir un soutien temporaire, une lumière dans les moments difficiles. Mais, inévitablement, la reconstruction véritable doit se faire dans la réalité, hors de l’écran.
L’art peut-il contribuer à déconstruire la stigmatisation liée à la souffrance psychique ?
Catherine Marchal : Si l’on considère que la stigmatisation repose sur nos croyances et notre éducation, alors oui, l’art peut être un vecteur de sensibilisation. La littérature, notamment, joue un rôle précieux. Cette année, le livre d’Adèle Yon, Mon vrai nom est Elisabeth, éclaire avec justesse la prétendue schizophrénie de son arrière-grand-mère, et invite à une réflexion profonde sur le sujet.
Rire, tragédie, émotion… le cinéma peut-il se concevoir comme un vecteur de soin ?
Catherine Marchal : Le rire est indiscutablement thérapeutique. Ce qui m’inquiète, c’est que la morosité ambiante ne découle pas seulement des drames mondiaux ou de la dégradation de notre pays, mais également d’un déficit criant d’humour et de second degré. Le rire, l’émotion, la légèreté sont des remèdes essentiels, surtout pour la nouvelle génération.
Un film peut-il toucher ou accompagner autant qu’une séance thérapeutique ?
Catherine Marchal : Qu’un film nous émeuve est presque naturel. Je n’ai pas d’expérience clinique, mais il me semble que l’émotion reste le point commun avec la thérapie. Il ne s’agit pas de rivalité, mais d’une complémentarité potentielle entre le vécu à l’écran et le travail intérieur dans la vie réelle.
En tant que comédienne, metteuse en scène et marraine de Cinopsy’s, quel rôle attribuez-vous au cinéma dans la sensibilisation à la santé mentale ?
Catherine Marchal : Nous verrons quels seront les effets futurs de ce festival, mais mon espoir est que les films deviennent des catalyseurs de débats à la fois passionnants et éclairants.
Que souhaitez-vous que le public retienne de ces projections et des échanges qui suivront ?
Catherine Marchal : L’issue de ces trois jours est imprévisible, mais j’espère que chacun repartira plus léger, même s’il n’emporte pas toutes les réponses. L’essentiel est de susciter le questionnement, d’encourager à prolonger la réflexion, que ce soit avec ses proches ou dans le cadre d’un accompagnement thérapeutique.
Comment des initiatives comme Cinopsy’s peuvent-elles transformer notre perception de la psychothérapie ?
Catherine Marchal : Au-delà de la simple sensibilisation, ce type d’événement démontre que la psychothérapie est accessible à tous. Pousser la porte d’un cabinet peut sembler intimidant ; s’asseoir dans une salle de cinéma l’est beaucoup moins.

Jusqu’où le cinéma peut-il repousser les normes pour explorer la liberté, la vulnérabilité et l’émotion ?
Catherine Marchal : Où se situe la limite de la liberté artistique ? Ce sera précisément un des débats du festival. Parfois, la richesse se trouve davantage dans la discussion et la question soulevée que dans la réponse elle-même.
Si vous deviez recommander un seul film sur la résilience à quelqu’un découvrant Cinopsy’s, lequel serait-ce ?
Catherine Marchal : La vie est belle de Roberto Benigni me semble un exemple parfait, à la fois universel et profondément émouvant.
Y a-t-il un rôle ou un personnage à l’écran qui vous a profondément marqué dans votre parcours personnel ou professionnel ?
Catherine Marchal : Beaucoup de mes personnages auraient eu besoin d’un psy. Je pense particulièrement aux policiers confrontés jour après jour à la crasse et à la misère humaine. Ces rôles reflètent la complexité et la fragilité de l’humain dans ses situations extrêmes.
Si vous pouviez vivre une journée dans l’univers d’un film présenté au festival, lequel choisiriez-vous ?
Catherine Marchal : Je choisirais Lady Bird, mais mon choix est purement esthétique et émotionnel, guidé par le plaisir et la poésie de son univers.

