Avec Merteuil, la plateforme HBO Max offre une réinterprétation audacieuse et troublante du grand classique de Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses. Plus qu’une simple adaptation de ce récit emblématique, cette mini-série en 6 épisodes se présente comme un préquel libre. Une plongée dans la genèse de la redoutable marquise de Merteuil, entre blessures, choix et ambitions.
C’était l’une des séries événements du Festival de la Fiction 2025 de La Rochelle. Présentée en avant-première, Merteuil diffusée sur HBO Max, a confirmé porter en elle l’empreinte d’un récit à la fois classique et radicalement contemporain. Lors de la 27e édition du FFTV, les deux premiers épisodes ont été projetés dans le Grand Théâtre de La Coursive. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la série a été largement saluée par un public de curieux, visiblement conquis et pressés de découvrir la suite des épisodes.
Merteuil, une lecture féministe entre héritage et modernité
Contrairement aux adaptations précédentes, qui restaient fidèles à l’intrigue du roman de Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, publié en 1782, la force de Merteuil réside dans le regard neuf de sa réalisatrice Jessica Palud, à qui l’on doit notamment Revenir (2019) et Maria (2024). Cette dernière choisit de miser sur l’émancipation des femmes dans un monde patriarcal, la quête de liberté et l’appropriation de son propre corps. D’après ses mots, cette adaptation est pensée comme “un MeToo du XVIIIᵉ siècle”.
La série s’intéresse à la vie d’Isabelle de Merteuil, anciennement Isabelle Dassonville, avant qu’elle ne devienne la marquise calculatrice et cruelle du livre. On suit son ascension dans le milieu aristocratique, née d’un traumatisme, d’une humiliation et d’un désir de revanche. Grâce à la relecture de Jessica Palud (et au scénario de Jean-Baptiste Delafon), le téléspectateur découvre peu à peu la psychologie du personnage. On explore ses doutes, ses failles, ses blessures, mais aussi son désir d’émancipation.
Anamaria Vartolomei, divine marquise
Dès le premier épisode de cette mini-série, le jeu d’acteurs de ce casting 5 étoiles nous fascine. En tête, Anamaria Vartolomei, dans le rôle de la marquise de Merteuil. Après ses interprétations magistrales d’Anne Duschesne dans le film L’Évenement (2021) et d’Haydée dans la superproduction Le Comte de Monte-Cristo (2024), elle excelle ici dans ce rôle taillé pour elle. Elle apporte à son personnage une profondeur à l’écran, en incarnant cette jeune femme en pleine métamorphose, fragile, blessée, mais déterminée, prête à tout pour se reconstruire. À ses côtés, Vincent Lacoste, en parfait vicomte de Valmont. Un personnage complexe avec une ambiguïté dangereuse, qui joue de ses charmes pour parvenir à ses fins et qui agit par instinct. Entre opposition et attraction inévitable avec la marquise de Merteuil, sa prestation est électrisante.

Pour compléter le casting, comment ne pas citer une actrice franco-allemande adorée du septième art, Diane Kruger. Cette dernière incarne à merveille Madame de Rosemonde, tante de Valmont et mentor ambiguë de la marquise, qui sera bien vite dépassée par son élève. À chaque scène, elle nous transmet les parts de mystère et de gravité de son personnage, selon les situations rencontrées. Enfin, on se doit de citer Lucas Bravo, éternel Gabriel dans la série à succès de Netflix Emily in Paris, qui devient ici le Comte de Gercourt. Un rôle à priori secondaire quand on regarde le premier épisode, mais qui va devenir ô combien essentiel dans la dynamique de pouvoir, de séduction et de trahison instaurée par le scénario.
En plus de sa distribution 5 étoiles et de son récit contemporain, Merteuil offre également une expérience visuelle inoubliable. Décors somptueux, costumes raffinés, châteaux et demeures historiques d’époque, tout y est pour nous transporter dans l’univers de cette aristocratie du XVIIIe siècle. Une direction artistique qui renforce le contraste entre les salons feutrés et les coulisses impitoyables du pouvoir et de la manipulation, entre la beauté de cette cour et la noirceur des relations humaines, entre l’attirance et l’écœurement. Coup de cœur également pour le générique mêlant des tableaux de maîtres avec des personnages féminins et le refrain de Run Boy Run, le tube de l’auteur-compositeur-interprète et réalisateur français Woodkid.
Visionner un épisode de Merteuil, c’est être à la fois séduit et mal à l’aise quand les scènes nous amènent sur ce terrain. Un contraste qui donne toute sa force à cette magnifique adaptation signée Jessica Palud. À vos agendas donc ! Les rendez-vous sont pris tous les vendredis à partir du 14 novembre prochain pour découvrir ou redécouvrir ce classique littéraire.

