Installé à deux pas du flagship londonien de la marque, sur Regent Street, le restaurant de Ronnie Fieg — fondateur et directeur artistique de Kith —, se présente comme un « bistrot new-yorkais » aux accents méditerranéens. Une ambition qui s’inscrit dans la continuité logique d’un univers Kith déjà très narratif, mais qui interroge aussi la porosité croissante entre mode, lifestyle et gastronomie.
L’intention est claire : transposer une certaine idée du dining new-yorkais — éclectique, nostalgique, codifié — dans le décor historique de Regent Street. Cette hybridation culturelle, souvent invoquée dans les projets de marque, trouve ici une traduction concrète, même si elle reste étroitement liée à l’esthétique Kith. Le lieu fonctionne ainsi comme une extension spatiale et sensorielle de la marque, plus que comme un restaurant cherchant à s’en émanciper.

L’accès se fait soit directement depuis la rue, soit par l’intérieur de Kith Women’s, renforçant l’idée d’un parcours pensé comme une expérience globale. Le bar d’entrée, à l’atmosphère feutrée et volontairement rétro, annonce la couleur : boiseries, marbres, laiton, lumière chaude et références visuelles à New York. L’ensemble est maîtrisé, parfois très calibré, et assume pleinement son rôle de décor instagrammable, au risque d’une certaine uniformisation du langage esthétique.
La carte poursuit ce dialogue entre héritage et relecture contemporaine. On y croise des classiques new-yorkais — burger, pastrami, cheesecake — revisités à travers un prisme méditerranéen ou « haut de gamme ». Certains choix, comme la mozzarella frite au caviar ou la soupe de matzoh enrichie d’oignons caramélisés, illustrent cette volonté de sophistication assumée, flirtant parfois avec une forme d’opulence démonstrative. L’ensemble se veut généreux, rassurant, mais aussi suffisamment distinctif pour justifier sa place dans un quartier déjà saturé d’adresses ambitieuses.

Le dessert, fidèle à l’ADN Kith Treats, ancre encore davantage le projet dans l’écosystème de la marque. Là encore, la frontière entre restaurant et vitrine créative reste volontairement floue : Ronnie’s ne cherche pas à s’en détacher, mais à l’intégrer comme un prolongement naturel.
Ouvert aussi bien aux clients de passage qu’aux habitués de la marque, Ronnie’s ambitionne de devenir un lieu de rassemblement, de la rencontre informelle au dîner plus cérémonial. Reste à voir si, au-delà de l’image et du storytelling, l’adresse saura s’imposer durablement comme un restaurant à part entière, et non comme un simple chapitre supplémentaire dans l’expansion lifestyle de Kith.

