Ce dimanche 8 mars, alors que la capitale célèbre la Journée internationale des droits des femmes, la petite place Charles-Dullin s’apprête à devenir l’écrin d’un événement singulier. Porté par la philosophe Cynthia Fleury, autrice du texte de la pièce. Dès 19 heures, les planches accueilleront une lecture exceptionnelle intitulée « Courage, Liberté, Iran », dans la foulée de la représentation de La Fin du courage.
La romancière et poétesse Fatou Diome prêtera sa voix à cette soirée conçue comme une traversée littéraire vers l’Iran, et ses combats contemporains. Elle sera entourée des comédiennes du spectacle, au Théâtre de l’Atelier, pour une heure pensée comme un geste artistique et politique, à la veille de l’ouverture du Printemps des Poètes 2026.
La poésie comme réponse à l’histoire immédiate
Depuis plusieurs années, la situation des femmes iraniennes occupe une place centrale dans les débats internationaux. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté », né en 2022 après la mort de la jeune Kurde iranienne Mahsa Amini, a révélé au monde l’ampleur de la contestation et de la répression. Selon la mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, dans son rapport rendu public en mars 2024, la répression des manifestations a fait plus de 500 morts et plus de 20 000 arrestations, touchant particulièrement les femmes et les jeunes manifestantes.
La situation reste aujourd’hui extrêmement préoccupante. Dans un bilan publié le 7 janvier 2025, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a indiqué que plus de 900 exécutions avaient été recensées en Iran en 2024, dont au moins 31 femmes, soit le nombre le plus élevé enregistré depuis plus d’une décennie. Les organisations internationales documentent également une multiplication des violences structurelles. Lors d’une session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève en juin 2025, plusieurs rapporteurs spéciaux ont signalé 179 cas de féminicides recensés en Iran en 2024, ainsi qu’une intensification des arrestations visant militantes, journalistes et défenseures des droits des femmes.
Dans le contexte géopolitique de ces derniers jours post-attaque, les mots prennent une dimension particulière. La poésie devient une manière de rappeler que derrière les statistiques se trouvent des voix, des vies et des destins.
Une soirée au croisement de la pensée et de la scène
Au Théâtre de l’Atelier, la lecture de dimanche s’inscrit directement dans le prolongement de la pièce La Fin du courage, adaptation scénique du travail philosophique de Cynthia Fleury. Depuis plusieurs années, la penseuse explore la notion de courage civique : ce moment fragile où l’individu décide de ne plus détourner le regard. L’initiative de cette lecture répond à cette même logique. En mêlant textes, poésie et réflexion, la soirée cherche à créer un espace de partage entre la scène et l’actualité internationale.
La présence de Fatou Diome ajoute une dimension supplémentaire. L’écrivaine, connue pour ses romans et essais sur les migrations mais aussi les identités contemporaines, s’est régulièrement engagée dans des débats publics autour de la dignité humaine et de la liberté des femmes. Son intervention souligne la portée universelle du combat évoqué ce soir-là.
Quand la poésie devient un acte public
Le Printemps des Poètes a souvent ouvert ses éditions par des événements mêlant poésie et engagement civique. Des lectures consacrées à la liberté d’expression ou aux écrivains exilés ont déjà marqué plusieurs éditions du festival. Mais la soirée du 8 mars possède une résonance particulière : elle se déroule précisément le jour où le monde entier célèbre les avancées – et les combats encore inachevés – des droits des femmes.
Car si les progrès sont réels à l’échelle mondiale, ils restent fragiles. Selon le rapport mondial sur la représentation politique des femmes publié par l’Union interparlementaire (UIP) le 5 mars 2025, les femmes occupent aujourd’hui 27,2 % des sièges parlementaires dans le monde, contre 11,3 % en 1995, soit une progression notable sur trente ans mais qui ralentit ces dernières années.
Dans certains pays, au contraire, les droits fondamentaux continuent d’être remis en cause. L’Iran demeure l’un des symboles de ces tensions contemporaines entre aspiration à l’égalité et structures politiques répressives.
Un prélude au Printemps des Poètes
La soirée du 8 mars fera aussi office de prologue officieux au Printemps des Poètes 2026, dont l’ouverture officielle aura lieu dès le lendemain. Dans cet esprit, la lecture apparaît comme une invitation : celle de rappeler que la poésie n’est pas seulement un art de la contemplation, mais aussi un langage capable d’accompagner les bouleversements du monde. Et peut-être est-ce là la véritable promesse de ce dimanche soir : rappeler que les mots, lorsqu’ils sont partagés, peuvent devenir une forme de résistance collective.
Informations pratiques :
Lecture : « Courage, Liberté, Iran »
📍 Théâtre de l’Atelier – Place Charles-Dullin, 75018 Paris
📅 Dimanche 8 mars 2026
🕖 19h
🎟 Entrée libre – RSVP obligatoire (places limitées)
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