Après avoir dirigé un concept-store parisien pendant onze ans, la styliste Eléonore Doligé Besson a opéré un retour aux sources et à l’artisanat de son enfance passée à la Réunion, en fondant La Gambade début 2022. Intemporelle, autour de la thématique du voyage et de la couleur, sa marque signe sa cinquième collection consécutive avec Le Bon Marché Rive Gauche. Reconnaissance suprême, la collection de l’entrepreneuse est déjà distribuée au Printemps New-York. Et cela n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt que depuis son atelier francilien jusqu’au Rajasthan, la superwoman a imaginé seule un vestiaire incroyablement solaire, tout droit sorti d’une imagination frénétique, et qu’elle développe avec une force admirable. Alors qu’elle s’apprête à lancer une collaboration d’envergure avec la compagnie aérienne Air Austral, elle nous confie les coulisses de son univers et son attachement viscéral au fait-main.
Pourriez-vous commencer par nous présenter l’univers de votre marque, La Gambade ?
Éléonore Doligé Besson : La Gambade, c’est l’histoire d’une femme qui voyage à travers le monde et le globe sous le soleil, pour s’affranchir des saisons et vivre dans un perpétuel été. Voilà, c’est la femme imaginaire que j’ai conçue pour créer La Gambade. Autour d’elle, j’ai imaginé un vestiaire composé de matières vibrantes que je vais chiner au bout du monde, des matières très colorées et des tissus qui volent au vent pour rappeler ce perpétuel été.
D’où vous vient cette attirance si forte pour ces coloris vibrants, la mer et le voyage ?
Éléonore Doligé Besson : Je pense que ça remonte tout simplement, comme pour beaucoup de gens, à mon enfance. On est très marqué par les souvenirs heureux. Dans les miens, j’ai les vacances au soleil, sur la Côte d’Azur, dans le Midi, avec énormément de couleurs. Il y avait toute cette ambiance autour de la Méditerranée, ce bleu profond et brillant comme des étoiles qui scintillent sur la mer, et puis tous ces tissus que ma mère portait, elle qui était toujours très élégante. Ma mère est réunionnaise et toute ma famille habite là-bas. Je pense qu’il y a des choses ancrées en moi qui ressortent : cette envie de mer, de soleil et de voyage. J’ai surtout envie d’apporter de la joie. Je trouve que toutes les couleurs apportent de la joie et de l’énergie. C’est quelque chose qui m’importe beaucoup aujourd’hui, on en a besoin.
Avant de créer La Gambade, vous aviez un parcours différent. Quel a été le déclic pour lancer votre propre marque ?
Éléonore Doligé Besson : En réalité, tout est né d’une histoire de ruban, c’est vraiment anecdotique. Avant cela, j’ai eu un concept store dans le 15e arrondissement pendant 11 ans où je « sourçais » (Ndlr : issu tu terme anglais sourcing) et lançais des créateurs. J’ai fini par fermer puisque chaque chose a son temps, et j’ai eu envie de créer ma propre marque. Au début, je ne savais pas comment m’y prendre ni par où commencer, c’était un peu confus. Nous avons une maison dans le Midi depuis toujours, et il y avait dans le village une petite boutique qui possédait un vieux stock de broderies et de rubans de saris indiens. J’allais régulièrement y piocher. Un jour, pour moins de 500 euros, je me suis décidée à acheter tout le stock.
Le chapeau occupe une place très particulière dans votre collection. Comment est-il devenu le point de départ de l’aventure ?
Éléonore Doligé Besson : Tout part du chapeau, c’est vraiment le déclenchement, le point de départ. Je voulais faire quelque chose de très estival, très Saint-Tropez, tout en restant ethnique. J’ai sourcé des chapeaux en paille naturelle de raffia tressée à la main, et j’y ai appliqué ces rubans. Aujourd’hui, je fais coudre les tours de rubans dans un ESAT, un atelier d’insertion pour personnes en situation de handicap, puis je les finalise moi-même. J’ai commencé à les vendre sur les plages de Saint-Tropez, au Club 55, chez Cabane Bambou, puis à Sainte-Maxime.
Comment s’organise la fabrication de vos collections entre la France et l’Inde ?
Éléonore Doligé Besson : Je pars en Inde une à deux fois par an. Je vais d’abord dans le Nord, dans des marchés et plusieurs villes, pour chiner mes rubans dans des petites échoppes bien cachées. C’est là que je constitue mon stock de broderies et de trésors, car je ramène aussi des gris-gris ou des perles pour travailler l’idée de matière unique. Après, je vais dans le Rajasthan où j’ai un atelier artisanal. J’y retrouve une équipe fidèle avec qui je travaille depuis trois ans. C’est un vrai bonheur d’échanger et de concevoir ensemble les tissus, les assemblages et les designs. Quand je rentre en France, je continue le travail dans mon atelier en banlieue parisienne ainsi qu’avec l’ESAT, qui s’occupe notamment de confectionner les anses et les tours de chapeau.
Le Slow, valeur commune de LCV Magazine et La Gambade
Vous refusez le modèle industriel pour privilégier une démarche humaine et artisanale. Pourquoi ce choix est-il une évidence pour vous ?
Éléonore Doligé Besson : Ce n’est même pas un choix stratégique, c’est vraiment naturel. Je pense et j’espère que les clientes le ressentent qu’il y a une âme dans mes collections. Elle n’existerait pas si j’allais dans des usines. Je m’y sentirais perdue, c’est trop gros, trop impersonnel et trop strict. Dans un petit atelier, on peut s’expliquer, peaufiner le détail, choisir un fil ensemble. J’aime les mises en scène, le rayon de soleil sur un produit, le pétale qui tombe sur une robe. J’aime la trace de l’imperfection humaine sur les choses. Ça ne doit pas passer par des machines, mais par des êtres humains.
La marque connaît un grand succès, notamment auprès du Bon Marché Rive Gauche avec qui vous collaborez régulièrement. Comment vivez-vous ce processus de création ?
Éléonore Doligé Besson : Je suis le doute incarné, je suis en perpétuel doute. À chaque collection, je me dis : « Mais mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? » J’ai tout le temps peur que ce soit moche, de me tromper ou que ça ne plaise pas. Comme je fais des choses qui ne se voient pas partout, je n’ai pas vraiment de repères sur le marché. C’est un peu comme dans Les Bronzés font du ski : « J’y vais, mais j’ai peur ! » À chaque fois, je suis en haut de la piste … mais j’ai un instinct de fonceuse. Quand je suis dans mon « flow », je crée tout ce dont j’ai envie et je reviens quarante-deux fois sur le moindre détail.
Pour finir, quel est votre prochain grand projet à venir ?
Éléonore Doligé Besson : J’ai collaboré, pour mon plus grand bonheur, avec la compagnie Air Austral qui dessert l’océan Indien. C’était un vrai coup du destin. Comme je suis originaire de La Réunion, j’ai foncé. J’ai développé pour eux une très large gamme d’accessoires : des pochettes de plage, des trousses de toilette, des serviettes, des masques de nuit et des kits pour enfants. On a croisé nos univers. La Gambade, c’est le voyage et le soleil et La Réunion, ce sont les couleurs, les marchés et les oiseaux. Tout va sortir en décembre pour l’été austral, avec un lancement là-bas.
Entretien mené par Maya Delahaye
Informations Pratiques :
La Gambade est distribuée au Bon Marché 24 rue de Sèvres, Paris 7e
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