Cette année, le festival Swinging Montpellier se déroulera du 16 au 19 juillet 2026, à la Promenade du Peyrou. Cette 7ᵉ édition dont l’accès est majoritairement gratuit, proposera quatre jours d’immersion dans l’univers du swing, avec une programmation mêlant héritage, fête et création. Entrepreneuse dans l’événementiel, la fondatrice et danseuse passionnée Lorène Delcor, a lancé cet événement au succès désormais phénoménal. Dans cet entretien, elle explique dans un sourire, comment elle a souhaité révéler l’excellence d’une scène locale méconnue pour en faire un rendez-vous international majeur, tout en défendant une vision populaire et accessible de la culture jazz. Une rencontre revivifiante et incroyablement humaniste.
Vous avez transformé une passion personnelle en un projet d’envergure. Comment votre expérience de danseuse et votre regard de Montpelliéraine ont-ils façonné l’identité de ce festival ?
Lorène Delcor : Mon expérience de danseuse est avant tout liée au plaisir et à l’enthousiasme de découvrir cette culture et son esthétique. On y trouve une joie profonde et un sentiment d’expressivité et de liberté incroyable quand on danse. C’est quelque chose de tellement merveilleux que l’on a naturellement envie de le partager et de le faire savoir. Mon regard de Montpelliéraine est indissociable de mon activité professionnelle, puisque je dirige une agence événementielle. Mon métier consiste à valoriser des messages, des expériences et des valeurs.
J’ai réalisé que Montpellier ignorait l’excellence en swing qui existait pourtant déjà dans cette ville. C’était une niche, mais une niche dotée d’une véritable visibilité internationale parmi la communauté des danseurs. Je me suis dit qu’il y avait la place pour faire savoir cela, afin que les Montpelliérains soient fiers de leur ville,. Le festival est né de l’association entre mon expertise événementielle, mon amour pour Montpellier et ce que j’ai vécu de beau au sein de cette scène swing.
Le festival connaît un succès croissant, avec notamment une hausse de fréquentation de 50 % en 2025. Comment expliquez-vous cet engouement pour une culture que vous souhaitiez rendre accessible ?
Lorène Delcor : Il y a deux explications majeures. La première est historique : depuis vingt ans, des écoles de danse locales, spécialisées en rock ou en boogie-woogie, ont maintenu le lien avec ce patrimoine centenaire. Ce noyau dur de danseurs montpelliérains a toujours figuré en très bonne place dans les rendez-vous internationaux. Je n’ai pas construit cette notoriété, je n’ai fait que la révéler. Aujourd’hui, nous accueillons des gens du monde entier : l’an dernier, nous avions 35 nationalités et cette année, nous avons des inscrits venant de Corée du Sud, de Nouvelle-Zélande ou d’Australie.
La seconde explication tient à notre positionnement : nous avons voulu prendre le contre-pied des grands événements de swing européens qui sont souvent fermés, organisés en hiver dans des théâtres à Munich ou Budapest, et réservés à des initiés capables de payer 350 € le week-end. C’est un peu de l’entre-soi. À Montpellier, nous avons voulu ouvrir l’espace public et oser la gratuité. Plutôt que de rester entre nous, nous avons souhaité agrandir la scène et inviter des gens nouveaux, avec d’autres choses à raconter. Cela baisse les barrières budgétaires et crée une ambiance unique où les codes évoluent au contact d’un public diversifié.
Un festival majoritairement gratuit
Pourquoi ce choix d’une programmation à 80 % gratuite ? Est-ce un engagement politique ?
Lorène Delcor : Tout à fait, c’est un choix politique. Le swing, ce sont des danses de rue nées au sein des populations afro-américaines qui cherchaient à s’exprimer et à trouver la force d’aller de l’avant malgré une société difficile ou la ségrégation. Le jazz est à la fois la plus populaire des cultures savantes et la plus savante des cultures populaires. Il porte une énergie de « vivre-ensemble » et d’expression, sans être dans la lamentation. Nous pensons qu’il ne faut pas faire de ce patrimoine une propriété privée. Il n’a de sens que s’il est partagé, c’est pourquoi la gratuité est le seul moyen de le rendre réellement accessible.
Sous l’impulsion de Rémy Kouakou Kouamé à la direction artistique, vous faites dialoguer les racines du jazz avec des esthétiques contemporaines. Quelle est votre vision de ce patrimoine ?
Lorène Delcor : Nous tenons beaucoup à l’idée d’un continuum et d’un héritage partagé. Il ne s’agit pas de faire de la reconstitution muséale avec des robes à pois et des nœuds dans les cheveux comme dans les années 20. Il existe une forme contemporaine du swing, sociale et vivante. Nos corps ont changé, et la pratique a évolué vers quelque chose de plus dégenré : on voit aujourd’hui beaucoup de femmes ou d’hommes danser ensemble car la société a décloisonné les rôles. Ces danses sont afro-descendantes et diasporiques ; elles n’ont cessé de voyager au fil du temps. En créant des ponts avec les danses urbaines et l’Afrique, on montre que ces cultures constituent un tout cohérent qui parle à beaucoup de monde aujourd’hui.
Comment se passe la transmission auprès de la jeunesse montpelliéraine ?
Lorène Delcor : L’enjeu est de créer la rencontre le plus tôt possible pour que les jeunes s’approprient ce patrimoine naturellement, sans le voir comme quelque chose d’éloigné géographiquement ou historiquement. À Montpellier, il devrait être aussi naturel de savoir ce qu’est le Lindy Hop que d’apprendre à nager ou à jouer au rugby. Nos dispositifs au sein du festival, pour les très jeunes, comme le « Swing Kids », sont tout le temps pleins. Nous travaillons aussi avec le Pass Culture et intervenons désormais dans les écoles primaires et les entreprises. C’est passionnant de voir des enfants danser sur des musiques très différentes de ce qu’ils écoutent spontanément.
Quelle est votre ambition à long terme pour positionner Montpellier sur la scène mondiale ?
Lorène Delcor : Nous ne nous posons pas de limites. Mon rêve est d’en faire un événement pérenne à l’image des grands festivals de 40 ans que nous avons la chance d’avoir à Montpellier, tels que Montpellier Danse, Radio France ou la Comédie du Livre. Je veux que les gens choisissent leur destination de vacances pour venir vivre cette expérience chez nous. Avec ce festival, nous voulons offrir une fête populaire autour d’une esthétique singulière et enthousiasmante, capable d’attirer bien au-delà des seuls passionnés.
Propos recueillis par Karine Dessale
Le Site du Festival Swinging Montpellier
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