Le vendredi 27 février, l’hôpital Percy propose un événement dédié à l’univers olfactif, à l’occasion de la Journée internationale de l’anosmie. Parmi les praticiens mobilisés, le Docteur Véronique Marché, cofondatrice de l’Association des Thérapeutes Olfactifs Français, qui consulte au sein de l’établissement militaire depuis septembre 2025. Elle partagera son expertise sur cette discipline à la croisée du diagnostic, de la rééducation sensorielle et de l’accompagnement émotionnel. Cette journée, qui réunit soignants et associations, sera rythmée par des ateliers, des dépistages et des conférences, en présence notamment de Michel Cymes.
LCV Magazine : On parle encore peu de l’olfactothérapie en France. Comment vous la définiriez simplement et pourquoi gagne-t-elle à être connue dans le monde médical ?
Docteur Véronique Marché : Il y a trois domaines dans l’olfactothérapie. Le premier est de poser les diagnostics de troubles de l’odorat qui peuvent être quantitatifs ou qualitatifs. Les patients peuvent venir d’eux-mêmes ou être envoyés par un médecin généraliste, un ORL, un neurologue, un neurochirurgien(…) Le deuxième, c’est la rééducation de l’odorat à proprement parler. Enfin, l’olfactothérapie peut utiliser les odeurs comme outils supplémentaires pour aider un patient à gérer ses émotions qui peuvent s’exprimer par des symptômes comme des angoisses, des troubles du sommeil (…) et aussi un outil pour stimuler la mémoire auto-biographique.
Pouvez-vous vous présenter et expliquer ce qui vous a amenée à cette consultation ?
J’ai une formation de médecin, métier que j’exerce depuis plus de 25 ans. Les senteurs ont toujours été très importantes dans ma vie ; j’avais même pensé arrêter la médecine pour devenir créatrice de parfum. J’ai fait des formations tardivement à la suite desquelles j’ai commencé à utiliser des « olfactoriums », des petits orgues à parfums portatifs, en cancérologie et soins palliatifs. Après le Covid, j’ai voulu exercer en utilisant encore plus les odeurs au quotidien. J’ai complété ma formation pour pouvoir répondre à d’autresy sollicitations en lien avec l’odorat. Dr (MC) Anna Crambert, médecin ORL, m’a accueillie à Percy en septembre 2025 comme olfactothérapeute.
Cela signifie, que cela se destine à des médecins à la croisée de plusieurs spécialités ?
L’olfactothérapie ne se substitue pas à un accompagnement médical global du patient. Un professionnel qui utilise les odeurs vient en soutien, en complément. De nombreux professionnels pratiquent l’olfactothérapie, avec souvent une spécialisation : certains font plus de la rééducation, d’autres de la gestion émotionnelle…Ainsi, on trouve actuellement des infirmières, des orthophonistes, des psychologues, des professionnels issus du milieu du parfum ou du bien-être qui complètent leur formation.
Peut-on en déduire que c’est une discipline liée aux souvenirs et à la santé mentale ?
La grande particularité de l’olfaction est que son intégration cérébrale est étroitement liée aux émotions et aux mémoires. Quand on sent une odeur, la première réaction est « J’aime ou j’aime pas », puis « Je connais ou je connais pas ». Proust l’a très bien décrit : il y a tout un processus pour retrouver avec qui et à quelle époque on a senti cette odeur. On touche à l’intime.
Devant la grande diversité des professionnels qui exercent l’olfactothérapie, comment les patients peuvent ils s’y retrouver ? L’Association des Thérapeutes Olfactifs Français (ATOF), fondée en novembre 2024 par Amandine Vépierre, Marie Birin et moi-même, qui compte désormais 22 membres, cherche à créer un répertoire de professionnels formés et compétents dans l’accompagnement des patients.
Nous utilisons un protocole de base uniformisé pour les tests de diagnostic et pour la rééducation, et nous nous attachons à personnaliser la rééducation en nous appuyant sur la mémoire et les émotions propres à chaque patient.
La médecine qui soigne l’olfactif, croise plusieurs disciplines
Pour quel trouble olfactif, votre pratique montre-t-elle les résultats les plus probants ?
Cela dépend de l’étiologie (Ndlr : la cause) du trouble de l’odorat. Après un traumatisme crânien sévère ou des accidents vasculaires cérébraux, le temps de rééducation est très long. Il semblerait que les résultats soient plus « rapides » pour une perte d’odorat suite à une infection ou une polypose naso-sinusienne par exemple.
Cela dépend du patient : selon l’engagement du patient à poursuivre des exercices de rééducation régulièrement- comme toute rééducation.
Un autre impact dans les résultats de cette rééducation : la participation de l’entourage ou des aidants, comme on les appelle couramment. SI l’entourage comprend l’impact majeur sur la qualité de vie et sur le système nerveux central du patient des troubles de l’odorat dont il souffre, il sera aidant pour améliorer la compliance du patient à sa rééducation. Sinon, c’est une solitude supplémentaire pour celui qui vit ce handicap olfactif invisible, qui prive des signaux de danger (feu, gaz, aliments avariés), mais aussi du plaisir des saveurs, de l’odeur de ses enfants ou de sa compagne/ de son compagnon. Cela peut mener à un syndrome dépressif.

Vous parlez des personnes qui ont perdu l’odorat. Est-ce une fatalité ou peut-on rééduquer ? Comment vous vous y prenez ?
La rééducation ne fonctionne pas dans tous les cas de troubles de l’odorat acquis. Cela vaut le coup de faire un bilan et de faire ce parcours. Même si les résultats de la rééducation olfactive ne progressent plus, les études montrent que si les personnes continuent de sentir, il se passe des choses positives au niveau cérébral notamment sur la communication entre différentes zones du cerveau. Il faut persévérer et solliciter l’odorat même s’il n’y a pas d’identification de l’odeur.
Avez-vous un exemple marquant qui illustre l’impact d’une odeur sur la reconstruction d’un patient ?
Par exemple, un patient me dit en sentant une odeur : « Ca sent l’odeur du rince-doigt ». Et il précise le contexte : il descend chaque été au Portugal et s’arrête sur le golfe de Bayonne pour prendre un plateau de fruits de mer ; le rince-doigt qui accompagne ce plateau sent le citron. Une autre patiente me dit : « Ca sent l’haleine de quelqu’un qui n’est pas sûr de son haleine et qui mange un chewing-gum pour la camoufler » ; en passant par cette anecdote, elle trouve l’odeur de la menthe. Un autre patient, avec la cannelle, s’est revu au marché de Noël de Vienne, avec sa doudoune bleue, son épouse ayant la même, près d’une baraque qui faisait du vin chaud. Le patient réalise qu’il peut faire confiance à son cerveau et travaille le lien entre les récepteurs et l’émotion.
Pourquoi organiser cette journée de l’olfaction à l’hôpital Percy ?
C’est la journée internationale de l’anosmie. À Percy, le service ORL est un service qui accueille de nombreux patients atteints de Polypose Naso-Sinusienne -entre autre- et qui leur propose un accompagnement particulier par un atelier d’Education Thérapeutique. Cette pathologie bénigne génère des troubles de l’odorat invalidants pour le patient qui peut maintenant bénéficier de séances d’olfactothérapie.
D’autre part, les professionnels de ce service sont en lien avec d’autres services concernés par l’accompagnement de patients atteints de troubles de l’odorat comme celui qui accueille les militaires blessés lors de leur mission, la neurochirurgie…Cette journée se veut ouverte à tous les professionnels.
Qu’est-ce qu’on trouvera sur place ?
Il y aura des consultations de dépistage des troubles de l’odorat, des ateliers olfactifs et gustatifs, la présentation de l’association anosmie.org par Claire Martin, Kim Joly et Claire Fanchini.. Je parlerai de l’association Nez en Herbe qui éveille l’odorat des enfants. Le Docteur Anna Crambert fera une conférence sur l’anatomie de l’olfaction et moi sur la rééducation personnalisée. Michel Cymes devrait être présent.
Informations pratiques :
L’hôpital d’instruction des armées Percy est un hôpital militaire français situé à Clamart, près de Paris. Il est géré par le Service de santé des armées et accueille des malades tant militaires que civils.
Le Podcast de LCV Magazine en complément de l’interview du Docteur Véronique Marché :
Journée de l’odorat le 27 février 2026 de 10h00 à 16h30.
Adresse :
2 Rue Lieutenant Raoul Batany, 92140 Clamart
Téléphone : 01 41 46 60 00
Horaires : Ouvert 24h/24
