De TikTok à Montmartre, le site Mon-expo.com signait début juillet, sa toute première exposition physique à l’Atelier Véron à Montmartre. À la suite d’un appel à candidature initié sur TikTok, 10 jeunes artistes ont pu être exposés. L’occasion pour ses créateurs et adhérents de concrétiser un travail de longue haleine.
Difficile pour les artistes en manque de notoriété de réussir à se faire exposer, qui plus est à Paris. Mais alors, malgré le talent, comment se faire connaître lorsqu’on manque de contacts ? Comment vivre de son art ? Comment être exposé sans financements ? Ces problématiques, Jacques, Philippe et Léa Tenenhaus les ont bien comprises et ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps. En créant Mon-expo.com, ils réinventent les relations entre artistes et lieux d’exposition.
« Il y a de nombreux artistes qui font de bonnes choses, qui ont du plaisir à travailler mais qui peinent à se faire exposer » déplore Jacques, ancien sculpteur reconverti en galeriste. C’est donc « tout naturellement » qu’au fil des discussions avec son neveu Philippe, informaticien de formation, et sa petite-nièce Léa, créatrice de la marque de bijoux Mooon-Paris, qu’ils ont eu l’idée de créer un site de mise en relation entre les artistes et des lieux qui pourraient servir à exposer. Le 31 mars dernier, le site naît.
Très vite, Léa, adepte des réseaux sociaux se « greffe au projet » créer le compte TikTok @mon.expo.com. Regroupant aujourd’hui plus de 12 000 abonné.e.s, c’est une occasion de plus d’échanger avec les artistes sur leurs envies, leurs besoins, les problématiques qu’ils.elles rencontrent. « Ce n’est pas de la publicité, ce n’est pas de la communication, c’est un peu des deux », car pour Léa, c’est « une solution autant qu’une passion ».
Les réseaux sociaux pour réunir
« Nous voulions également que certaines choses nous échappent, que des projets se créent sans nous » : à la manière d’un réseau social, Mon-expo.com vise, au-delà des lieux d’exposition, à mettre en relation les artistes entre-eux.elles.
« Lorsqu’on est artiste, on est souvent seul.e.s dans son atelier. » Cécile (@carré_laqué_or) est artiste peintre. D’inspiration japonaise, elle travaille la laque, peint des feuillages, des paysages, et se perfectionne chaque jour dans son atelier du Mans. Adepte des salons, elle avoue peiner à se frayer une place dans le monde de l’art. « Ce n’est pas pour critiquer, mais parfois, je suis exposée entre le fromage et les bougies artisanales… Les visiteurs ne sont pas là pour l’art. » C’est alors sans réelle attente, qu’en découvrant le site, qu’elle décide de s’inscrire pour participer à la première exposition à Paris. Une occasion pour elle de rencontrer d’autres artistes passionnés.e.s.
« Dans la solitude créatrice, c’est important de pouvoir sortir de sa grotte, de rencontrer d’autres artistes, d’échanger ne serait-ce que sur des techniques, des fournisseurs, la rémunération. » À seulement 26 ans, Erresea Azulys (@erresea.azulys) peint depuis 10 ans maintenant. Son univers, entre réalisme et poésie, mêlant techniques anciennes et problématiques actuelles, rend hommage aux femmes puissantes, aux rêves, à la nature et à la spiritualité. Pourtant, elle se rappelle avoir essuyé le refus d’être exposée dans sa région natale par un collectif d’artistes amateurs jugeant son art « trop féminin ». « C’est un milieu qui peut être très élitiste, il n’est pas rare que les artistes faisant déjà partie d’un réseau soient privilégiés. Avec Mon-expo.com, on a tous.t.e.s notre chance de gagner en visibilité. »
Dans ce sens, Léa Sérazin (@léa.serazin) rejoint ses pairs. Issue du monde de la mode ; les « requins », elle les connaît bien. Attirée par le côté humain de Philippe et Léa, c’est aujourd’hui l’occasion pour elle d’être exposée pour la première fois. N’ayant pas fait d’école d’art, elle souligne la difficulté à se créer un réseau proche de la création artistique. Mission réussie donc pout le trio Tenenhaus : leurs réseaux sociaux ont permis de réunir.

Une relation « gagnant-gagnant »
Si la toute première exposition était 100% gratuite pour les dix exposants, une autre interrogation, soulevée par certains commentaires sur TikTok, reste en réflexion : celle du financement. Doit-on payer pour exposer ? Quel est le contrat entre l’artiste et la galerie ? Qu’en est-il des commissions ? Si Philippe, Jacques et Léa mettent un point d’honneur à comprendre les artistes, il n’en demeure pas moins que les concessions ne peuvent pas se faire à sens unique.
« Il faut que les rapports soient honnêtes et réciproques : les galeristes doivent jouer le jeu autant que les artistes », Jacques connaît autant les contraintes auxquelles sont confronté.e.s les artistes que celles des galeristes. Lorsque les uns sont bien souvent dans la précarité, surtout au début de leur carrière, les autres doivent tout de même payer un loyer et rendre leur lieu attractif et rentable. Ici, il s’agit de faire équipe. C’est là que TikTok intervient de nouveau. Attachés aux artistes, Léa et Philippe décident tout simplement d’interroger leur communauté sur différents modèles de financement.
Si certains refusent catégoriquement de payer pour être exposés, estimant que la création est déjà du travail et exigent une rémunération pour cela, d’autres se reconnaissent comme indépendants, conscients des sacrifices que cela peut engendrer. Finalement, la gratuité de Mon-expo.com perdure sur le site puisque les artistes peuvent mettre en ligne leurs œuvres, comme un grand salon informatisé. En contrepartie, les Tenenhaus reçoivent une commission en tant qu’administrateurs du site. Quant aux expositions, les artistes devront payer, mais là encore, à des prix défiants la concurrence.
« Parfois, sur des salons ou des expositions à Paris, pour les jeunes artistes, le prix demandé s’élevait à 400€ pour 2 m2 ! » Pour Cécile comme pour d’autres, c’est une somme qu’il n’est pas possible de dépenser, d’autant plus sans certitude de vendre des œuvres. Pas question pour le site d’abandonner le projet et les artistes : c’est ainsi qu’au mois de novembre, ils organisent une nouvelle exposition à Paris. Cette fois-ci, plus de 50 artistes pourront être exposés, monnayant 210€ en moyenne pour l’ensemble des 6 jours. Le recrutement effectué sur leur compte TikTok notamment connaît un franc succès puisqu’au 31 juillet, il ne restait plus que 10 places.
Philippe Tenenhaus confie également à LCV Magazine un tout nouveau projet d’exposition, mettant à l’honneur les femmes et le féminisme, de quoi répondre à ceux qui refusent l’art « trop féminin ». Amateurs d’art, collectionneurs, jeunes artistes, rendez-vous donc en novembre pour vous rencontrer, dénicher la perle rare, et qui sait, repartir avec une nouvelle œuvre coup de cœur. D’ici-là, n’hésitez pas à visiter le site ainsi que le compte TikTok pour échanger avec eux, car visiblement, les artistes ont besoin de vous !

